Tel Maître, tels disciples (Charles H. Spurgeon)

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Tel Maître, tels disciples (Charles H. Spurgeon)

Eux, voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et sachant que c’étaient des hommes sans lettres et du commun peuple, ils étaient dans l’étonnement, et ils reconnaissaient qu’ils avaient été avec Jésus (Actes 4.13).

Admirez, mes frères, la puissance de la grâce divine. Quelle merveilleuse et rapide transformation n’accomplit-elle pas dans l’homme ! Ce même Pierre, qui, hier encore, suivait son Maître de loin et niait avec imprécations de le connaître, nous le voyons aujourd’hui déclarant hardiment, de concert avec le disciple bien-aimé, que le nom de Jésus est le seul nom par lequel les hommes puissent être sauvés, et prêchant la résurrection des morts par le sacrifice de son Seigneur crucifié. Comme on devait s’y attendre, les Scribes et les Pharisiens ne tardèrent pas à se demander d’où leur venait cette mâle assurance. Évidemment, elle ne prenait sa source ni dans le prestige de la science ni dans celui du génie, car Pierre et Jean étaient des hommes sans lettres. Élevés au rude métier de pêcheurs, leur unique étude avait été celle de la mer, et le seul art qu’ils eussent cultivé, celui de jeter ou de retirer leurs filets ; à cela se bornait tout leur savoir : on ne pouvait donc attribuer au sentiment de leur valeur personnelle la hardiesse dont ils faisaient preuve. La position qu’ils occupaient dans le monde n’était pas de nature non plus à expliquer cette hardiesse; en général, le rang confère à l’homme une sorte de dignité native, et alors même qu’il est dépourvu de tout mérite propre, il lui communique un certain ton d’autorité qui en impose à bien des gens. Mais les disciples de Jésus n’étaient point dans ce cas. C’étaient au contraire, nous dit notre texte, des hommes du commun peuple ; leur naissance était humble, leur condition obscure ; ils n’étaient revêtus d’aucune fonction propre à les mettre en évidence. Or, les Scribes et les Pharisiens savaient tout cela; aussi éprouvèrent-ils d’abord un profond étonnement, en voyant la conduite des apôtres ; mais bientôt, ils furent obligés d’arriver à la seule conclusion qui pût jeter du jour sur ce mystère : ils reconnurent qu’ils avaient été avec Jésus. Tel était, en effet, le secret de la manière d’être des apôtres. Le saint et doux commerce qu’ils avaient entretenu avec le Prince de lumière et de gloire, fécondé, si je puis ainsi dire, par l’influence de l’Esprit du Dieu vivant, sans laquelle ce parfait exemple lui-même aurait été vain, les avait remplis d’élan, d’ardeur et de courage pour la cause de leur Maître.

Oh ! mes frères en Jésus-Christ, plût à Dieu que ce beau témoignage rendu aux apôtres par la bouche même de leurs ennemis pût être rendu à chacun de nous ! Ah ! si nous vivions comme Pierre et Jean ; si notre conduite était comme la leur, une épître vivante, lue et connue de tous les hommes; si, en nous voyant agir, le monde était forcé de reconnaître que nous avons été avec Jésus, quel bonheur pour nous-mêmes et quelle bénédiction pour nos alentours !

C’est sur ce sujet que j’ai à cœur, mes bien-aimés, de vous parler aujourd’hui. Selon la grâce que Dieu me donnera, je chercherai à réveiller, par mes avertissements, les sentiments purs que vous avez, exhortant chacun de vous à imiter Jésus-Christ, le divin modèle, de telle sorte que tous ceux qui vous voient discernent en vous les vrais disciples du Fils adorable de Dieu. Avant tout, j’exposerai ce qu’un chrétien doit être. Ensuite, je rechercherai successivement quand et pourquoi il doit être tel; enfin, je dirai comment il peut devenir tel.

 

I.

Et d’abord : Qu’est-ce qu’un chrétien doit être ? À cette question, je réponds : tout chrétien doit être une fidèle reproduction de Jésus-Christ.

Vous avez souvent lu, je n’en doute pas, des récits éloquents de la vie de Jésus, et vous avez admiré le talent des pieux auteurs qui les ont écrits; mais la meilleure vie de Jésus, c’est sa vivante biographie, écrite dans les paroles et les actions de son peuple. Oui, mes chers amis, si nous étions en réalité ce que nous sommes en apparence; si l’Esprit du Seigneur remplissait le cœur de tous ses enfants, et si l’Église, au lieu de compter parmi ses membres tant de formalistes, ne se composait que d’âmes vraiment animées de la vie de Dieu, tous, tant que nous sommes, nous refléterions la glorieuse image de notre Maître : nous serions des portraits de Christ, et des portraits tellement conformes à l’original, que pour saisir la ressemblance, le monde n’aurait pas besoin de nous considérer longtemps et attentivement, mais qu’au premier coup d’œil jeté sur nous, il serait contraint de s’écrier : « Cet homme a été avec Jésus! Il lui ressemble; c’est un de ses disciples; dans ses actes de tous les jours, dans sa vie tout entière, on reconnaît les traits divins du saint Homme de Nazareth. »

Mais avant d’aller plus loin, je crois utile de présenter une observation. En exposant ce que l’homme est appelé à devenir, je m’adresse spécialement aux enfants de Dieu. Non pas que je désire leur faire entendre le langage de la légalité. Grâce à Dieu, nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce. Les vrais chrétiens se considèrent comme moralement obligés d’observer les préceptes du Seigneur ; toutefois, ce n’est point parce que la loi les tient courbés sous son joug de fer : c’est parce que l’amour de Christ les presse. Ils estiment qu’ayant été rachetés par un sang divin, ayant été acquis par Jésus-Christ, ils sont tenus de garder ses commandements infiniment plus qu’ils ne le seraient, s’ils étaient encore sous la loi. Ils se considèrent comme redevables à Dieu, dix mille fois autant qu’ils n’auraient jamais pu l’être sous la dispensation mosaïque. Non point par force ou par nécessité, ou par crainte du fouet, ou dans un esprit de servile obéissance, mais par amour et par gratitude envers son Père céleste, le racheté de Jésus s’offre à lui tout entier, heureux de se dépenser à son service et de travailler sans relâche à devenir un véritable Israélite, en qui il n’y a point de fraude.

J’ai tenu à m’expliquer nettement sur ce point, afin que personne ne puisse s’imaginer que je prêche les œuvres comme moyen de salut. Nous sommes sauvés par grâce, par la foi; ce n’est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie (Éph. 2.8-9): voilà ce que je maintiendrai toujours, envers et contre tous. Mais d’un autre côté, il est de mon devoir d’enseigner, avec non moins de force, que la grâce reçue dans le cœur doit nécessairement produire la sainteté dans la vie. Nous sommes tenus, mes bien-aimés, moi, de vous exhorter incessamment aux bonnes œuvres, et vous, de vous y appliquer pour les usages nécessaires (Tite 3.44).

Encore un mot d’explication. Lorsque je dis que l’enfant de Dieu doit être une copie frappante de Jésus, je ne prétends pas assurément qu’il puisse parfaitement reproduire tous les traits de notre Seigneur et Sauveur. Néanmoins, de ce que la perfection est au-dessus de notre portée, s’ensuit-il que nous devions y tendre avec moins d’ardeur ? À Dieu ne plaise ! Sans doute, quand il peint, l’artiste n’ignore pas qu’il ne deviendra jamais un Apelles[1] ; mais cela le décourage-t-il? Nullement. Il manie le pinceau avec d’autant plus de soins, afin de parvenir à ressembler au grand maître dans quelque humble mesure. Il en est de même du sculpteur. Quoique certain à l’avance qu’il n’éclipsera jamais Praxitèles[2], abandonnera-t-il pour cela le ciseau? Non; il taillera le marbre avec toujours plus d’ardeur, cherchant à se rapprocher autant que possible du sublime modèle qu’il a devant lui. Ainsi doit-il en être du chrétien. Quoiqu’il ne sente que trop bien, hélas ! qu’il ne saurait s’élever jusqu’aux hauteurs d’une excellence accomplie, et que sur cette terre il n’offrira jamais qu’une bien faible copie de son Maître, cependant, il doit tenir ses yeux constamment fixés sur cette grande image, et mesurer ses propres imperfections par la distance qui le sépare de Jésus. « Excelsior![3] en avant !», telle est la devise qui convient au chrétien; et oubliant, comme Saint Paul, les choses qui sont derrière lui, il doit s’avancer vers le but, jaloux d’être transformé de plus en plus à la glorieuse ressemblance de son Seigneur.

En premier lieu, le chrétien doit s’efforcer de ressembler à Christ, dans sa hardiesse. Il faut le dire, la hardiesse est une vertu fort peu goûtée de nos jours. On la flétrit volontiers du nom d’intolérance, d’opiniâtreté, de fanatisme. Mais, quel que soit le nom qu’on lui donne, cette vertu n’en est pas moins précieuse. Si les scribes avaient dû définir ce qu’étaient Pierre et Jean, nul doute qu’ils ne les eussent qualifiés d’audacieux fanatiques…

Quoi qu’il en soit, Jésus-Christ et ses disciples étaient remarquables par leur courage. Voyant la hardiesse de Pierre et de Jean , les Juifs reconnaissaient qu’ils avaient été avec Jésus, dit mon texte. Jésus ne courtisa jamais le riche; jamais il ne courba le front devant les grands ou les nobles de la terre. Vrai homme aussi bien que vrai Dieu, il marcha au milieu de ses semblables la tête haute, dans le sentiment de sa dignité d’homme : prophète envoyé de Dieu, il dit librement et hardiment ce qu’il avait à dire. N’avez vous jamais admiré, mes frères, le beau trait de courage par lequel le Sauveur commença son ministère? Il se trouvait dans la ville où il avait été élevé. Il entre dans la synagogue; le livre de la loi est mis entre ses mains; il sait que nul prophète n’est honoré dans son pays, mais que lui importe? Il déroule sans crainte le volume sacré, il lit, puis il explique ce qu’il a lu. Et quelle est la doctrine que Jésus expose ainsi en pleine synagogue, devant un auditoire composé en grande partie de scribes et de Pharisiens, tout pleins de leur propre justice et tout fiers de pouvoir se dire « les enfants d’Abraham? » Sûrement, il a choisi un sujet adapté au goût de ses compatriotes, un sujet qui lui fournira l’occasion de se concilier leur bienveillance. Non, tout au contraire, Jésus prêche une doctrine qui de tout temps a été méprisée et haïe : la doctrine de l’élection. Écoutez-le : Je vous dis, en vérité, qu’il y avait plusieurs veuves en Israël au temps d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, tellement qu’il y eut une grande famine par tout le pays ; néanmoins, Élie ne fut envoyé chez aucune d’elles, mais chez une femme veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon. Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël, au temps d’Élisée le prophète; toutefois, aucun d’eux ne fut guéri ; le seul Naaman, qui était syrien, le fut (Luc 4.25-27). En d’autres termes, Jésus déclare ouvertement que Dieu fait miséricorde à qui il veut, et sauve qui il lui plaît. Ah ! comme ses auditeurs grincèrent des dents contre lui ! Avec quelle fureur ils le traînèrent hors de la ville pour le précipiter du sommet de la montagne ! N’admirez-vous pas son héroïsme? Il sait que leurs cœurs sont pleins de haine; il entend leurs menaces; il voit leurs bouches écumant de rage, mais il ne les craint point; il se tient au milieu d’eux, calme et ferme, comme l’ange qui ferma la gueule du lion. Il annonce fidèlement ce qu’il sait être la vérité de Dieu, et en dépit de leurs colères, leur fait entendre cette vérité jusqu’au bout.

Tel fut Jésus durant toute sa vie. Voit-il un scribe ou un Pharisien dans la foule? Il ne se laisse point intimider par leur présence, mais les montrant du doigt, il s’écrie : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites! » Et lorsqu’un docteur de la loi l’interrompt en disant : « Maître, en disant ces choses, tu nous outrages aussi », il se retourne et ajoute avec une nouvelle énergie : « Malheur aussi à vous, docteurs de la loi! Parce que vous chargez les hommes de fardeaux qu’ils ne peuvent porter, et vous-mêmes n’y touchez pas d’un de vos doigts (Luc 11.44-47). » Oui, en toutes occasions, Jésus agit avec droiture et courage. Jamais il ne connut la crainte de l’homme; jamais il ne trembla devant personne. Insoucieux de gagner l’estime du monde, il traversa la vie comme l’élu de Dieu, comme Celui que le Père avait oint au-dessus de tous ses semblables. Mes chers amis, imitez Christ sous ce rapport. Tel fut le Maître, tels doivent être les disciples. Ne vous contentez pas, je vous en supplie, de cette religion si fort en vogue aujourd’hui, qui se modifie suivant les circonstances, qui a besoin pour s’épanouir d’une atmosphère de serre chaude, qui s’étale complaisamment dans les salons évangéliques, mais dont on ne soupçonne pas même l’existence en dehors d’une certaine société. Non, si vous êtes des serviteurs de Dieu, soyez comme Jésus-Christ : pleins d’une sainte audace pour la cause de votre Maître. Ne rougissez point de confesser votre foi. Jamais le nom de chrétien ne vous déshonorera : prenez garde de ne point déshonorer ce nom. L’amour de Christ n’a jamais nui à personne ; il peut, il est vrai, vous attirer quelques froissements temporaires de la part de vos amis et quelques propos calomnieux de la part de vos ennemis; mais prenez patience, et vous triompherez de tout. Prenez patience; car au jour où votre Maître apparaîtra dans la gloire de ses anges, pour être admiré de tous ceux qui l’aiment, vous aussi serez glorifiés, et ceux-là mêmes qui vous auront méprisés, haïs, insultés ici-bas seront contraints de vous rendre hommage. Soyez donc comme Jésus, mes bien-aimés, sans peur et sans reproche, vaillants pour votre Dieu, en sorte que, voyant votre hardiesse, le monde soit forcé de dire : « Ils ont été avec Jésus. »

Mais de même qu’un seul trait ne rend pas la physionomie d’un homme, de même la seule vertu -du courage ne vous fera pas ressembler à Christ. Il y a eu des chrétiens qui ont été de nobles cœurs, de grands caractères, mais qui ont porté la hardiesse à l’excès : ils ont été, non le portrait de Christ, mais sa caricature. À notre courage, il faut que nous amalgamions, pour ainsi dire, la douceur de Jésus. Que le courage soit l’airain, que l’amour soit l’or; et du mélange de ces deux éléments sortira un riche métal, digne de servir à la construction du temple de Dieu. Que la douceur et la hardiesse soient fondues ensemble dans votre cœur. Le chrétien courageux peut assurément accomplir des merveilles. John Knox[4] fit beaucoup pour la cause de son Maître, mais peut-être aurait-il fait davantage si, à son admirable intrépidité, il avait joint un peu plus d’amour. Luther fut un conquérant (honneur à sa mémoire et paix à ses cendres!); toutefois, il semble, à nous qui le contemplons d’une certaine distance, que s’il avait parfois mêlé un peu d’aménité à son indomptable énergie; que si, tout en poursuivant l’erreur jusque dans ses derniers retranchements, il avait parlé avec un peu plus de mesure, il semble, dis-je, que Luther lui-même aurait pu faire plus encore qu’il n’a fait. Appliquons-nous donc, mes bien-aimés, à imiter Jésus, non seulement dans son courage, mais aussi dans son aimable douceur. Voyez-le pendant son séjour sur la terre. Un enfant vient-il à lui ? Il le prend dans ses bras en disant : « Laissez venir à moi les petits enfants et ne les empêchez point. » Une veuve qui a perdu son fils unique se trouve-t-elle sur son passage? Il la regarde avec une tendre sympathie, lui dit : « Ne pleure point », et d’un mot, lui rend son enfant. Rencontre-t-il un aveugle, un lépreux, un paralytique ? Il leur parle avec bonté, les touche et les guérit. Il vécut pour les autres, non pour lui-même. Ses travaux incessants n’avaient qu’un but : le bien de ceux qui l’entouraient. Et pour couronner sa vie de dévouement, vous savez l’étonnant sacrifice qu’il daigna offrir à son Père. Ô prodige de miséricorde! Il donna sa vie pour l’homme coupable. Sur l’arbre de la croix, au milieu des angoisses d’une lente agonie, en proie à des souffrances indicibles, il consentit à mourir à notre place, afin que nous pussions être sauvés. Christ est l’amour incarné; en lui nous voyons la plus touchante, la plus parfaite personnification de la bienveillance et de la charité. Comme Dieu est amour, Christ est amour. Ô chrétiens ! Soyez donc amour, vous aussi. Que votre bon vouloir, votre compassion, votre bénéficence rayonne sur tout ce qui vous entoure. Ne dites pas à ceux qui souffrent: « Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez », mais faites part de votre pain à sept, et même à huit (Ja. 2.16 ; Écc. 11.2). Si vous ne pouvez imiter Howard[5] et comme lui ouvrir les portes des cachots pour faire entendre aux prisonniers un message d’espérance ; si vous ne pouvez pénétrer dans les tristes demeures de la misère et du vice, faites du moins ce que vous pouvez, chacun dans la sphère qui lui est propre. Que vos paroles, que vos actions respirent l’amour. Que Christ revive pour ainsi dire en vous, par la douceur et la bonté. S’il est une vertu qui, plus que toute autre, convient au disciple de Jésus, assurément c’est cet esprit de mansuétude et de bénignité, cet esprit qui le porte à aimer le peuple de Dieu, à aimer l’Église, à aimer le monde, à aimer tous les hommes. Et pourtant que de chrétiens, à l’humeur difficile et chagrine, n’y a-t-il pas dans nos Églises, qui semblent avoir dans leur tempérament une si forte mesure de vinaigre et de fiel, qu’en vérité c’est à peine si l’on peut obtenir d’eux une bonne parole! Ils s’imaginent qu’il n’est possible de défendre la religion autrement que par des paroles acerbes; aussi ne plaident-ils jamais la cause de leur Maître sans se laisser aller à des accès d’emportement, et si dans leur famille, dans l’Église ou ailleurs tout ne marche pas au gré de leurs désirs, ils considèrent comme un devoir de rendre leur face semblable à un caillou (Ésaïe 50.7) et de défier tout le genre humain. De tels chrétiens ressemblent à des glaçons isolés ; personne ne se soucie de s’approcher d’eux ; on les évite, on redoute leur contact. Solitaires et oubliés, ils flottent sur les vagues de la vie, jusqu’à ce que le courant les ait emportés. Et quoique sans doute, les chères âmes, nous serons fort heureux de les rencontrer dans le ciel, leurs esprits ont toujours été si mal tournés que, franchement, nous ne sommes pas fâchés de vivre loin d’eux sur la terre… Ne soyez point ainsi, mes bien-aimés. Imitez Christ dans sa débonnaireté, dans son support, dans son amour. Qu’il n’y ait en vous ni aigreur ni rudesse. Parlez avec bonté, agissez avec bonté, conduisez-vous avec bonté. Alors le monde pourra dire de vous ce que les Juifs disaient autrefois des apôtres : « Ils ont été avec Jésus! »

Un autre grand trait du caractère de Jésus était sa profonde et sincère humilité. A cet égard aussi, soyons tels que notre Maître. À Dieu ne plaise que nous soyons ou rampants ou servîtes! (Loin de là; nous sommes libres; la vérité nous a affranchis; nous sommes donc égaux à tous, inférieurs à personne.) Toutefois, nous devons être humbles de cœur, comme Jésus. Ô toi, chrétien orgueilleux (car, quelque paradoxal que cela puisse paraître, il y a des chrétiens de cette espèce, on n’en saurait douter : je ne suis pas assez peu charitable pour refuser absolument le titre de frère à tout homme qui est entaché d’orgueil) : ô toi, dis-je, chrétien orgueilleux, regarde à ton Maître, je t’en supplie. Vois-le se dépouillant de la majesté divine et daignant converser avec le genre humain; vois-le parlant à des enfants, habitant au milieu des paysans de la Galilée, et enfin — ô profondeur incomparable de condescendance! — lavant les pieds de ses disciples et les essuyant avec un linge. Voilà, ô chrétiens, le Maître que vous prétendez servir ! Voilà le Seigneur que vous faites profession d’adorer! Et cependant, j’en appelle à vos consciences, combien parmi vous qui rougiraient de tendre la main à un de leurs semblables, vêtu autrement qu’eux-mêmes ou moins favorisé en biens de ce monde?… On l’a dit avec raison : dans la société actuelle, l’or ne fraternise que difficilement avec l’argent, et l’argent à son tour regarde la monnaie de cuivre du haut de sa grandeur; mais dans l’Église, il n’en doit pas être ainsi. En devenant membres de la grande famille de Christ, il faut que nous nous dépouillions de ces préjugés de caste, de rang et de fortune. Rappelle-toi, croyant, quel était ton Maître. Enfant de la pauvreté, il naquit, il vécut au milieu des pauvres, il mangea avec eux. Et tu oserais, toi, vermisseau d’un jour, marcher l’air hautain et le regard superbe, te détournant avec mépris des vermisseaux, tes frères, qui marchent à tes côtés?.… Qu’es-tu donc toi-même, je te le demande, qu’es-tu , si ce n’est le plus misérable d’entre eux, puisque ton or, ou ton élévation, ou tes vêtements somptueux te rendent vain? Va, pauvre âme, tu es bien petite aux yeux de Dieu ! Christ était humble; il n’avait ni fierté ni arrogance; il savait s’abaisser pour servir les autres; il n’avait point égard à l’apparence des personnes. Ami des péagers et des gens de mauvaise vie, il ne rougissait point d’être vu avec eux.

Chrétien, sois tel que ton Maître; comme Lui, sache t’abaisser. Bien plus, sois une de ces âmes qui, estimant les autres comme plus excellentes qu’elles-mêmes, ne croient pas s’abaisser en se mettant toujours au dernier rang, qui considèrent comme un honneur de s’asseoir avec les plus chétifs des enfants de Dieu, et qui disent dans la sincérité de leur cœur : « Si mon nom est seulement écrit à la dernière page du livre de vie, c’en est assez pour une créature aussi indigne que moi. » Oui, applique-toi, ô mon frère, à ressembler à Christ par ton humilité.

Je pourrais continuer ainsi, mes chers amis, passant pour ainsi dire en revue les divers traits qui caractérisent la sainte et parfaite figure du Fils de Dieu; toutefois, je crois inutile de poursuivre cette étude, car chacun de vous peut la faire aussi bien que moi. Pour cela, il lui suffira de contempler l’image du Sauveur telle qu’elle est peinte d’après nature dans son Évangile. D’ailleurs, le temps me manquerait si je voulais vous présenter une esquisse tant soit peu complète du caractère de Jésus. Je n’ajouterai donc qu’un seul mot : imitez Christ dans sa sainteté. Était-il dévoré de zèle pour le service de son Maître? Soyez-le vous aussi. Allez de lieu en lieu en faisant le bien. Ne gaspillez point votre temps : il est trop précieux pour le perdre. Jésus était-il animé d’un esprit de renoncement, ne recherchant jamais son propre intérêt, mais ayant égard à celui des autres? Comme lui, renoncez à vous-mêmes. Était-il fervent d’esprit? Comme lui, priez sans cesse. Avait-il une déférence sans bornes pour la volonté de son Père? Comme lui, soumettez-vous sans murmure. Était-il patient? Comme lui, apprenez à souffrir. Par-dessus tout, ô croyant, pardonne à tes ennemis comme Christ pardonna aux siens. Que cette sublime parole de ton Maître : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font! » retentisse toujours à tes oreilles. Quand tu es disposé à te venger toi-même, quand tu sens l’indignation bouillonner dans ton cœur, mets de suite un frein au fougueux coursier de la colère et ne permets pas qu’il t’emporte dans son impétueux élan. Souviens-toi que l’emportement n’est autre chose qu’une folie temporaire. Pardonne comme tu espères être pardonné. Amasse des charbons de feu sur la tête de ton ennemi par ta bonté à son égard. Qui rend le bien pour le mal ressemble à Dieu : cherche donc à ressembler à ce Dieu d’amour, et en toutes choses efforce-toi de te conduire de telle manière que tes ennemis eux-mêmes soient contraints de dire : « Cet homme a été avec Jésus. »

 

II.

Mais il ne suffit pas de savoir ce que le chrétien doit être; il faut encore savoir QUAND IL DOIT ÊTRE TEL. Dans le monde, on pense généralement qu’il est très convenable d’être pieux le dimanche, mais qu’il importe peu ce qu’on est le lundi. Que de soi-disant ministres de l’Évangile qui sont de très fervents prédicateurs le jour du sabbat, et des prédicateurs d’impiété pendant le reste de la semaine ! Que de personnes qui se rendent à la maison de Dieu, l’air solennel, le maintien grave, qui se joignent au chant et font semblant de prier, mais qui en réalité n’ont point de part ni rien à prétendre en cette affaire, étant encore dans un fiel très-amer et dans les liens de l’iniquité! Posons-nous donc sérieusement cette question, mes chers auditeurs : quand est-ce que le chrétien doit ressembler à son Maître? Y a-t-il un temps où le soldat de Christ puisse se dépouiller de son uniforme, déboucler son armure et devenir semblable aux autres hommes? Oh! non, mille fois non! En tout temps et en tous lieux, il faut que le chrétien soit en réalité ce qu’il fait profession d’être. Je me souviens d’une conversation que j’eus il y a quelque temps avec une personne du monde. « Je n’aime pas, » me disait-elle, « que mes visiteurs abordent des sujets religieux ; sans doute, la religion est bonne le dimanche et lorsqu’on est dans la maison de Dieu; mais dans un salon, je la trouve fort déplacée. » À cela je répondis que si la religion devait être bannie de partout excepté des lieux de culte, nos temples et nos chapelles se trouveraient bientôt transformés en vastes dortoirs… « Pourquoi cela? » demanda mon interlocuteur avec surprise. « Eh! c’est bien simple » répliquai-je. « Tous, nous aurons besoin de la religion pour mourir; or, comme la mort peut nous surprendre d’un instant à l’autre, qui voudrait s’éloigner du seul lieu où la religion serait admise?…. » Oui, à l’heure suprême, chacun de nous aura besoin des consolations de l’Évangile; mais comment pourrions-nous espérer en jouir si, pendant notre vie, nous n’obéissons point aux préceptes  de ce même Évangile? Imitez donc Christ en tout temps, mes bien-aimés. Imitez-le dans votre vie publique. Plusieurs d’entre nous sont peut-être appelés à vivre dans une sorte de monde officiel; le rang que nous occupons, les fonctions dont nous sommes investis, nous donnent peut-être quelque relief sur nos semblables. Oh! s’il en est ainsi, prenons garde. Nous sommes épiés, n’en doutons pas. Nos paroles sont relevées, nos actes commentés; notre conduite tout entière est examinée, analysée, mise en pièces. Le monde, au regard d’aigle, aux yeux d’Argus, le monde ne nous perd pas de vue; il nous surveille, nous observe et de sévères critiques sont toujours prêtes à fondre sur nous. Voulons-nous, mes chers amis, réduire au silence nos adversaires? Efforçons-nous de vivre de la vie de Christ dans nos relations avec les hommes. Appliquons-nous à copier si fidèlement notre Maître, dans notre conduite publique, que nous puissions toujours dire : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. »

Et vous, en particulier, membres de nos Églises, qui êtes appelés à les diriger, à veiller à leurs intérêts, à délibérer sur leurs affaires, soyez animés de ce même esprit, je vous en supplie. Combien parmi vous qui, semblables à Diotrèphe, aiment à être les premiers! (3 Jean 9) Combien qui aspirent à primer et à dominer sur ceux qui les entourent, oubliant que d’après l’Évangile, tous les chrétiens sont égaux devant Dieu, qu’ils sont tous frères, et que, par conséquent, ils ont tous droit aux mêmes privilèges! Je vous le dis donc : cherchez à vous pénétrer de l’esprit de votre Maître dans vos rapports avec vos Églises respectives, en sorte que les membres de ces Églises puissent vous rendre d’un commun accord ce beau témoignage : « Ils ont été avec Jésus. »

Mais par-dessus tout, ressemblez à Christ dans vos maisons. Une maison où l’on respire une atmosphère chrétienne est la meilleure preuve d’une piété vivante. Pour savoir ce que je suis, ce n’est point dans mon lieu de culte qu’il faut aller, mais dans mon intérieur; ce n’est point mon pasteur qu’il faut consulter, c’est la personne qui me voit de plus près. C’est la servante, l’enfant, l’épouse, l’ami qui peuvent le mieux juger de ce que vaut mon christianisme. Un homme pieux doit nécessairement exercer une bonne influence sur ses alentours. « Jamais je ne croirai qu’un homme soit un vrai chrétien, » disait un prédicateur célèbre[6], « si sa femme, ses enfants, ses domestiques, voire même le chien qui vit sous son toit, ne ressentent les heureux effets de sa piété.» Telle est la religion de la Bible. Ce n’est point au langage, ce n’est point aux dehors, c’est à la vie qu’on reconnaît l’enfant de Dieu. Si votre entourage ne gagne rien à votre christianisme, si en vous voyant au milieu de votre famille, les mondains ne sont pas contraints de dire : « Voilà une maison mieux dirigée, mieux gouvernée que les nôtres », ne vous y trompez point : vous êtes encore étrangers à la piété seule digne de ce nom. Que vos serviteurs, en vous quittant, ne puissent pas dire : « Singuliers chrétiens que ceux-là, vraiment ! Point de culte le matin, point de culte le soir. Le dimanche, il est vrai, ils allaient à la maison de Dieu; ils y entendaient annoncer le saint Évangile; mais quant à moi, on me laissait travailler tout le jour; ou si, par extraordinaire, on me permettait de sortir, ce n’était que le soir, à la hâte, lorsque j’étais exténué de fatigue. » Non, mes frères, qu’on ne puisse pas dire ces choses de vous. Que votre piété influe au contraire jusque sur les moindres détails de votre vie domestique. Montrez à tous ceux qui vous entourent que votre religion est avant tout une religion pratique. Qu’elle soit lue et connue dans votre cercle intime aussi bien et mieux encore que dans le monde. Je dis : mieux encore, car ce que vous êtes chez vous, vous l’êtes en réalité.

Trop souvent, notre vie extérieure n’est qu’un rôle d’emprunt, et tous nous sommes plus ou moins des acteurs; mais dans la vie privée, le masque tombe, et nous nous montrons tels que nous sommes. Prenons donc garde de ne pas négliger la piété du chez-soi, les devoirs de tous les jours. Imitons Christ dans nos maisons. Enfin, mes bien-aimés, avant de quitter cette partie de mon sujet, je vous dirai encore : Imitez Jésus en secret. Oui, quand aucun œil ne vous voit, si ce n’est l’oeil de Dieu; quand les ténèbres vous enveloppent, quand vous n’êtes pas exposés à l’observation de vos semblables, même alors, soyez tels que Jésus-Christ. Rappelez-vous son ardente piété, sa dévotion intérieure; rappelez-vous comment, après avoir laborieusement instruit la multitude pendant le jour, il se retirait au milieu des ombres de la nuit pour implorer le secours de son Père. Rappelez-vous comment la vie de son âme fut sans cesse alimentée par de nouvelles communications du Saint-Esprit qu’il puisait dans la prière. Chrétiens, à cet égard comme à tous les autres, suivez l’exemple de votre Sauveur. Ayez toujours l’œil ouvert sur votre vie secrète: que cette vie soit telle que vous n’ayez pas honte de la lire devant tous au grand jour du jugement. Ah! si les secrets des cœurs étaient dévoilés en ce moment, comme ils le seront au dernier jour, on verrait, hélas! que la vie intérieure du plus grand nombre n’est pas une vie, mais une mort. Il est même de vrais chrétiens dont on peut dire que leur vie est à peine une vie. C’est une sorte de demi-existence. Ils se traînent péniblement dans le chemin du ciel. Une ou deux fois par jour, ils élèvent en hâte vers Dieu une prière, une aspiration, un soupir — tout juste ce qu’il faut pour conserver dans leur âme une étincelle de vie, mais rien de plus. Oh! mes frères en Christ, je vous en supplie, ne vous contentez point d’un aussi déplorable état. Faites tous vos efforts pour ressembler davantage à Jésus dans votre vie intime. Surtout, vaquez avec soin à vos dévotions particulières. Vous le dirai-je? Je crains que même parmi ceux d’entre vous qui sont le plus avancés dans la piété, la prière individuelle ne soit trop négligée[7]. Et pourtant, le Seigneur ne vous a-t-il pas encouragés de toutes manières à lui exposer vos besoins? N’a-t-il pas répondu mille et mille fois à vos supplications? Voudriez-vous donc vous ralentir dans vos prières? Voudriez-vous cesser de crier au Seigneur?

Oh! non, mes bien-aimés, qu’il n’en soit point ainsi. Allez dans vos maisons, tombez à genoux, intercédez avec une nouvelle ardeur auprès de votre Père céleste, lui demandant ses bénédictions et pour vous-mêmes, et pour vos amis, et pour le monde entier. Souvenez-vous spécialement de vos pasteurs, afin qu’ils soient soutenus dans l’œuvre si difficile de leur ministère. Suppliez Dieu de vous rendre capables de tenir vos mains élevées en haut, comme autrefois Moïse sur la montagne, afin que les Josués qui sont dans la plaine puissent combattre et vaincre les Hamalécites (Exode 17.11-13). C’est maintenant le moment décisif: perdrons-nous la bataille par notre faute? C’est ici l’heure de la marée montante : n’en profiterons-nous pas pour entrer dans le port ? Hâtons-nous donc! Faisons force de rames, déployons les voiles de la prière et supplions le Seigneur de les enfler lui-même par le souffle puissant de son Esprit. Oui, vous tous qui aimez l’Éternel, de tout pays et de toute dénomination, unissez-vous tous ensemble pour demander à Dieu de répandre cet Esprit par toute la terre, de nous accorder un temps de nouvelle Pentecôte, de ranimer, pour l’amour de son Fils, sa faible et languissante Église. Oh! mes chers amis, si nous faisions ainsi; si, comme un seul homme, nous tombions aux pieds de notre Père céleste, c’est alors que le monde reconnaîtrait que véritablement nous avons été avec Jésus!

 

III.

Mais une autre question se présente : POURQUOI LES CHRÉTIENS DOIVENT-ILS IMITER CHRIST ? La réponse est facile. En premier lieu, ils doivent le faire dans leur propre intérêt. S’ils tiennent à leur honneur et à l’estime de leurs semblables, qu’ils se conduisent de manière à ne pas être trouvés menteurs devant Dieu et devant les hommes. S’ils tiennent à la santé de leurs âmes, s’ils désirent être préservés de chutes et se maintenir dans le droit chemin, qu’ils s’appliquent à ressembler toujours plus à Jésus. S’ils tiennent à leur bonheur personnel; s’ils veulent que leurs âmes soient nourries de choses grasses et de vins bien purifiés(Ésaïe 25.6); s’ils souhaitent de jouir d’une sainte et douce communion avec Jésus, et de pouvoir planer au-dessus des peines et des soucis de la vie, qu’ils marchent sur les traces de leur Maître. Oui, croyez-le, mes chers auditeurs, rien n’est plus à votre avantage; rien ne vous procurera tant de prospérité, tant de paix, tant de force; rien ne vous aidera si efficacement à avancer vers le ciel, à traverser la vie, le front serein et les yeux brillants de gloire; en un mot, rien ne contribuera davantage à vos jouissances spirituelles que de vivre dans une constante imitation de Jésus. C’est lorsque vous serez rendus capables, par la puissance du Saint-Esprit, de placer, pour ainsi dire, vos pas dans l’empreinte de ses pas, que vous serez le plus heureux. C’est alors aussi qu’on reconnaîtra en vous de véritables, de sincères enfants de Dieu. Ô chrétiens, je vous le dis encore: dans votre propre intérêt, imitez Christ.

Imitez-le aussi dans l’intérêt de la religion. Ah! pauvre religion, tu as été assaillie par de cruels adversaires; mais que sont les blessures qu’ils t’ont faites, comparées à celles que tu as reçues de la main de tes prétendus amis ? Personne, ô Évangile de Christ, ne t’a causé tant de dommage que ceux qui font profession d’être tes disciples! Personne, ô sainte et aimable piété, ne t’a porté de plus rudes coups que le soi-disant chrétien qui vit d’une manière indigne de sa vocation, que l’homme à double face, qui s’introduit dans la bergerie de l’Église, comme un loup en habits de brebis! Plus que le moqueur, plus que l’incrédule, plus que le sceptique, ils font tort à la cause de Christ, tous ceux qui prétendent la servir, mais dont les actes démentent les paroles. Chrétien, aimes-tu celte cause? Voudrais-tu voir l’Évangile apprécié, honoré, glorifié? Le nom du cher Rédempteur est-il précieux à ton âme? soupires-tu après le temps où les royaumes de la terre seront soumis au Seigneur et à son Christ ? Désires-tu voir les forteresses renversées, et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu détruite? La vue des pécheurs qui périssent autour de toi te pénètre-t-elle de douleur, et brûles-tu de les gagner à Jésus, de sauver leurs âmes du feu éternel? Voudrais-tu les empêcher à tout prix de tomber dans les demeures des réprouvés ? Ton cœur est-il ému de compassion à cause de tes compagnons d’immortalité? Souhaites-tu ardemment que Christ jouisse enfin du travail de son âme et qu’il en soit rassasié? S’il en est ainsi, ô mon frère, que ta vie soit en accord avec tes principes. Marche devant Dieu dans la terre des vivants. Conduis-toi en toute rencontre comme il convient à un élu. Souviens-toi quels nous devons être par une sainte conduite et par des œuvres de piété. Voilà le meilleur moyen de travailler à la conversion du monde. Oui, j’en suis convaincu, une telle conduite ferait plus pour l’évangélisation de la société que tous les efforts des œuvres de missions, quelque excellentes que soient ces œuvres. Montrons aux incrédules que notre vie est supérieure à la leur : alors, ils ne pourront se refuser à croire que la religion est une réalité. Mais s’ils nous voient agir dans un sens et parler dans un autre, savez-vous ce qu’ils diront? Ils diront : « Ces gens soi-disant pieux ne valent pas mieux que le commun des hommes! Pourquoi donc deviendrions-nous des leurs ! Pourquoi renoncerions-nous à nos habitudes? » Et en parlant ainsi, le monde serait dans son droit; son langage serait celui du plus simple bon sens. C’est pourquoi, mes chers amis, je vous en conjure, si vous aimez la religion, par égard pour elle, au nom de ses intérêts les plus sacrés, soyez conséquents avec vous-mêmes. Vivez dans la sainteté; ayez en horreur le mal et attachez-vous fortement au bien. En un mot, imitez le Seigneur Jésus.

Mais l’argument le plus fort, le plus puissant qu’il me soit possible de vous présenter est celui-ci : pour l’amour de Christ, efforcez-vous de lui ressembler. Oh! que ne puis-je, mes bien-aimés, dresser en cet instant devant vous la croix de mon Sauveur, vous placer en présence de Jésus mourant pour vos péchés, et lui laisser le soin de plaider sa propre cause! Je sens que ma langue est comme attachée à mon palais; les paroles me manquent; je suis incapable de toucher vos cœurs; mais ses plaies, ses blessures, son côté percé trouveraient des accents capables de vous émouvoir. Pauvres lèvres muettes et sanglantes, avec quelle éloquence ne nous parleriez-vous pas! « Mes amis ! » nous dirait Jésus de sa douce voix, en nous montrant ses mains meurtries; « mes amis, voyez mes mains : elles ont été percées à cause de vous. Voyez mon côté : il a été ouvert pour être la source de votre salut. Voyez mes pieds : là est la marque des clous. Chacun de ces membres a été rompu pour vous. De ces yeux se sont échappés des torrents de larmes. Ce front fut couronné d’épines. Ce visage a reçu des soufflets, ces cheveux ont été arrachés ; mon corps tout entier est devenu un foyer d’inexprimables souffrances. Pendant de longues heures, je suis resté suspendu au bois, exposé aux ardeurs d’un soleil brûlant — et tout cela, ô mes disciples, je l’ai enduré pour l’amour de vous! Ne voulez-vous donc pas m’aimer à votre tour? Ce que je vous commande, c’est de suivre mes traces. Y a-t-il aucun crime, aucun défaut en moi? Oh non! vous le savez, je suis plus beau que les plus beaux d’entre les fils des hommes, plus aimable que les plus aimables. Dites, mes amis : vous ai-je fait quelque tort? N’ai-je pas au contraire tout fait pour votre salut? Et à présent encore, ne suis-je pas assis à la droite de mon Père, afin d’intercéder pour vous? Maintenant donc, ô mes disciples, si vous m’aimez… (Chrétien! sois attentif. Que ces douces paroles de ton Sauveur retentissent toujours à tes oreilles comme la lointaine harmonie de clochettes d’argent) si vous m’aimez, dit Jésus, gardez mes commandements. » Oh ! chrétien, puissent ces mots pénétrer jusqu’au fond de ton cœur! « Si vous m’aimez, si vous m’aimez… » Mais ai-je bien entendu? Glorieux Rédempteur! pourquoi dis-tu : Si? Cher Agneau de Dieu, immolé pour nos offenses, se pourrait-il donc qu’il y eût un si à notre amour pour toi ? Quoi? Lorsque je suis témoin de tes souffrances, lorsque je vois ton sang couler goutte à goutte pour le salut de mon âme, serait-il possible que je ne t’aimasse point? Et cependant, hélas ! je l’avoue en gémissant, trop souvent tu as sujet de douter de mon amour. Trop souvent mes pensées, ou mes paroles, ou ma conduite te donnent le droit de me dire : « Si vous m’aimez! » Toutefois, malgré mes chutes et ma tiédeur, il me semble, ô mon Sauveur, que mon amour pour toi est une réalité. Il me semble que tu es plus précieux à mon âme que la lumière du jour ne l’est à mes yeux. Oui, je t’aime — je sens que je t’aime! Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime! — Voilà le langage que peut tenir du fond du cœur tout véritable croyant; et à celui qui lui parle de la sorte, Jésus répond, en abaissant vers lui un regard de tendre approbation : « Puisque tu m’aimes, ô mon disciple, puisque tu m’aimes, garde mes commandements. » Oh ! mes bien-aimés, je vous le demande, quel motif plus puissant que celui-là pourrais-je invoquer pour vous porter à imiter Jésus? Où trouver un argument plus irrésistible que celui de l’affection et de l’amour? La gratitude produit l’obéissance : soyez donc tels que votre Maître; et ainsi le monde connaîtra que vous avez été avec Jésus.

 

IV.

Mais vous êtes émus, vous pleurez peut-être, et vous demandez avec anxiété : « Comment pouvons-nous imiter Celui qui est mort pour nous? » Je vais, en finissant, m’efforcer de répondre à cette question; en d’autres termes, je vais vous dire comment l’homme peut devenir semblable à Christ et être transformé à son image.

Et d’abord, mes chers amis, je vous dirai ceci : il faut que vous connaissiez Christ comme votre Rédempteur, avant que vous puissiez le suivre comme votre modèle. On parle beaucoup aujourd’hui de l’exemple de Jésus, et c’est à peine si l’on trouverait une personne dans le monde qui ne fût disposée à reconnaître la beauté morale et l’excellence incomparable de son caractère. Toutefois, je vous le dis, quelque excellent que soit l’exemple de Christ, il eût été absolument impossible à aucun enfant d’Adam de suivre cet exemple si, en même temps qu’il était notre Modèle, Jésus n’avait été aussi notre sacrifice. Croyez-vous donc, mes chers auditeurs, que son sang a été répandu pour vous? Pouvez-vous vous associer à ces paroles d’un cantique :

Tu m’as aimé, moi, vile créature,

Jusqu’à t’offrir en victime pour moi;

Ton propre sang a lavé ma souillure,

Et par ta mort, je suis vivant pour toi?

 S’il en est ainsi, vous êtes en bonne voie de devenir conformes à l’image de Christ. Mais aussi longtemps que vous n’avez pas été baignés dans cette « source abondante qu’Emmanuel remplit de son sang précieux », il est inutile que vous cherchiez à lui ressembler. Vous perdriez votre temps, croyez-le. Vos passions sont trop fortes, vos âmes trop corrompues et vous construiriez un édifice qui, dépourvu de fondement, aurait à peu près la solidité d’un rêve. Je le répète : vous ne pouvez mouler votre vie sur celle de Christ, tant que vous n’aurez pas reçu son pardon et revêtu sa justice.

« Grâces à Dieu, » diront quelques-uns, « nous en sommes arrivés là; nous savons que nous avons part au salut, mais, hélas! Nous savons aussi qu’il existe en nous des imperfections en grand nombre. Nous voudrions ressembler à Christ, mais nous ne pouvons y parvenir. Que nous faut-ii donc faire? » À ceux-là, je réponds : Mes chers amis, étudiez attentivement le caractère de Jésus. C’est une chose triste à dire, mais c’est un fait : aujourd’hui, la Bible est traitée, en quelque sorte, comme un livre suranné, même par beaucoup de chrétiens. Il y a tant de feuilles religieuses, de publications périodiques et autres productions éphémères, qu’en vérité, le devoir de sonder les Écritures est en danger d’être négligé. Chrétien, veux-tu ressembler à ton Maître? Contemple-le. Il y a dans la personne de Christ une merveilleuse puissance qui fait que plus on le contemple, plus on lui devient conforme. Je me regarde dans un miroir, puis je m’en vais, et j’oublie aussitôt ce que je suis. Mais quand je contemple Christ, je deviens tel que Christ. Regarde donc à lui, ô croyant. Étudie son image dans les Évangiles; pénètre-toi bien de ses traits augustes.

« Mais, » dites- vous peut-être encore, « nous avons souvent contemplé notre divin Modèle, et pourtant nous ne voyons pas que nous avons fait de grands progrès. » Eh bien, mes amis, savez-vous ce qu’il vous faut faire encore? Il faut corriger chaque jour votre pâle et faible copie. Le soir, repassez dans votre souvenir les actions des vingt-quatre heures qui viennent de s’écouler, et les examinez scrupuleusement devant Dieu. Lorsqu’on me soumet les épreuves de quelques-uns de mes ouvrages, je dois marquer à la marge les corrections à faire. J’aurai beau lire et relire une épreuve, que si je n’indiquais pas les fautes qui s’y trouvent, l’imprimeur les laisserait toutes subsister. Ainsi devez-vous faire, mes bien-aimés. Marquez le soir, à la marge de votre journée, les fautes que vous avez commises, afin de vous les rappeler et de n’y point retomber le lendemain. Faites cela jour après jour, avec simplicité, avec persévérance, notant vos manquements un à un, afin que vous puissiez les éviter à l’avenir. Certains philosophes de l’antiquité ont dit qu’il est du devoir de l’homme de rentrer en lui-même trois fois le jour et d’examiner ses actes. Cette maxime est excellente : suivons-la. Ne soyons point légers et oublieux, mais plutôt éprouvons-nous soigneusement nous-mêmes; constatons nos chutes et nos misères, et travaillons ainsi à sanctifier notre vie.

Enfin (et c’est le meilleur conseil que je puisse vous donner), si vous voulez ressembler à Christ, recherchez une mesure toujours plus abondante de l’Esprit de Dieu. Vains sont tous vos efforts pour imiter Jésus, si vous ne recherchez pas son Esprit. Prenez un morceau de fer, essayez de le courber, vous n’y réussirez jamais. Placez-le sur l’enclume, saisissez le marteau du forgeron, frappez à coups redoublés, et vous n’aurez rien fait. Tordez-le, tournez-le en tous sens, ayez recours à toute sorte d’engins, vous ne le façonnerez jamais à votre guise. Mais placez-le dans le feu, qu’il se ramollisse et devienne malléable; puis, mettez-le sur l’enclume et chacun de vos coups aura un si puissant effet que vous pourrez lui donner la forme qui vous convient. Il en est de même du cœur de l’homme. Ne cherchez pas à façonner votre cœur, froid et dur comme il l’est par nature, mais plongez-le tout d’abord dans la fournaise de la grâce divine; là, laissez-le s’échauffer et se fondre; après quoi il sera comme de la cire molle et pourra reproduire fidèlement l’empreinte du Seigneur Jésus.

Oh! mes frères, qu’ajouterai-je pour vous porter à donner à ce sujet toute votre attention?.… Pensez, oh! pensez, je vous en supplie, que si vous ressemblez à Christ sur la terre, vous lui ressemblerez dans le ciel; que si, par la puissance de l’Esprit, vous devenez des disciples de Jésus ici-bas, vous deviendrez ci-après participants de sa gloire! À la porte du paradis se tient un ange, qui n’admet dans le séjour de délices que ceux-là seuls dont les traits présentent une frappante analogie avec ceux de notre adorable Rédempteur. Voici un homme qui s’avance, le front ceint d’une couronne royale. « Tu as une couronne, il est vrai, » dit l’ange, « mais ici, les couronnes ne servent de rien. » Un autre approche revêtu des insignes du pouvoir ou des robes de la science. « Tout cela était bon en son temps, » dit l’ange; « mais ni les honneurs ni la science ne donnent accès au ciel. » Un troisième paraît, rayonnant de jeunesse, de charmes et de grâce. « Tu pouvais plaire sur la terre, » dit l’ange;   « mais dans la nouvelle Jérusalem, la beauté extérieure n’a aucun prix. » Un autre encore avance, ayant pour héraut la renommée, et pour avant-coureur les applaudissements du genre humain, mais l’ange le repousse lui aussi, en disant : « Toutes les gloires humaines sont ici de nulle valeur. » Enfin, un autre se présente : peut-être a-t-il été pauvre, ignorant, méprisé des hommes; n’importe! En le regardant, l’ange sourit : « Voici une image du Seigneur Jésus ! » s’écrie-t-il avec joie; « un reflet de sa sainteté, une empreinte de sa personne! C’est le Seigneur lui-même qui vient sous la forme d’un de ses disciples. Sois le bienvenu, ô racheté! Tu as été avec Jésus, tu as été fait semblable à lui, la gloire éternelle t’appartient; entre dans la joie de ton Seigneur. »

Mes frères, mes chers frères, pour l’amour de vos âmes, réfléchissez à ces choses. Qui est tel que Christ entrera dans le ciel, mais qui n’est pas tel que Christ sera précipité en enfer! Le jour vient où les choses de même espèce seront rassemblées et liées ensemble : l’ivraie avec l’ivraie; le froment avec le froment. Si vous êtes tombés avec Adam et que vous quittiez la vie étant morts dans vos fautes et dans vos péchés, votre portion pour l’éternité sera avec ceux qui sont morts spirituellement; mais si dès ici-bas vous ressuscitez avec Christ en nouveauté de vie, alors vous régnerez avec lui aux siècles des siècles. Le froment avec le froment, l’ivraie avec l’ivraie. Ne vous abusez point : on ne se joue point de Dieu; ce que l’homme aura semé, c’est ce qu’il moissonnera aussi. Emportez donc cette pensée dans vos cœurs, mes bien-aimés, que vous pouvez juger de votre état spirituel en vous comparant à Christ. Si vous êtes tels que votre Maître, si, malgré vos misères et vos infidélités, vous lui ressemblez en quelque mesure par votre courage, votre douceur, votre humilité, votre amour, alors vous êtes à Christ et vous serez pour toujours avec lui. Si au contraire vous n’êtes pas conformes à la glorieuse image de Christ, vous n’avez aucune part ni rien à prétendre au salut qui est en lui.

Puissent mes faibles paroles contribuer à nettoyer l’aire de l’Église de la balle qui l’encombre! Puissent-elles surtout conduire plusieurs âmes à chercher à devenir participantes de l’héritage des saints dans la lumière, par la foi en Jésus-Christ, à la louange de sa grâce! Qu’à lui soit rendu tout honneur, dès maintenant et à jamais! Amen.

FIN

[1] Peintre grec.

[2] Célèbre sculpteur grec de l’Antiquité.

[3] C’est-à-dire : « Plus haut. »

[4] Célèbre réformateur écossais, ami de Calvin, remarquable surtout par la fermeté de ses principes, par l’austérité de son caractère et par son courage à toute épreuve. (Note du Traducteur.)

[5] Philanthrope anglais du siècle dernier, bien connu par son dévouement à visiter les prisons, non seulement dans sa patrie, mais dans toute l’Europe. (Note du traducteur.)

[6] Rowland Hill

[7] (1) Nous avons cru devoir supprimer ici quelques détails se rapportant exclusivement à M. Spurgeon et à son troupeau, et donner à ce passage une application plus étendue, tout en ne nous écartant pas de la pensée de l’auteur. (Note du traducteur.)

Traduit en 1862 pour La Société des Livres Religieux, Toulouse, réédité par Danny Therrien et Hugo Lacasse (2018)