{"id":117,"date":"2018-08-02T15:03:00","date_gmt":"2018-08-02T15:03:00","guid":{"rendered":"http:\/\/sauvepargrace.com\/?p=117"},"modified":"2020-04-11T13:34:31","modified_gmt":"2020-04-11T13:34:31","slug":"ce-que-lon-doit-hair-sermon-de-charles-h-spurgeon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sauvepargrace.com\/es\/sermons\/ce-que-lon-doit-hair-sermon-de-charles-h-spurgeon\/","title":{"rendered":"Ce que l&rsquo;on doit ha\u00efr (Charles H. Spurgeon)"},"content":{"rendered":"<p>Vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal (Psaume 97.10).<\/p>\n<p>La religion chr\u00e9tienne est une cha\u00eene d&rsquo;or qui enlace le coeur de l&rsquo;homme et le rend inaccessible \u00e0 la haine. L&rsquo;esprit de Christ est un esprit d&rsquo;amour. Partout o\u00f9 Christ r\u00e8gne, l\u00e0 r\u00e8gne aussi l&rsquo;amour. Il n&rsquo;est permis au chr\u00e9tien de ha\u00efr personne. \u00ab Vous avez entendu qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 dit aux anciens : Tu aimeras ton prochain et tu ha\u00efras ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis; faites du bien \u00e0 ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous pers\u00e9cutent. \u00bb Tel est le langage du Ma\u00eetre. \u00c0 moins qu&rsquo;il ne soit pris dans un sens unique, dans le sens que lui donnent les paroles de mon texte, le mot ha\u00efr doit \u00eatre ray\u00e9 du vocabulaire chr\u00e9tien. Tu n&rsquo;as le droit, \u00f4 disciple de Christ, de tol\u00e9rer dans ton sein aucun sentiment d&rsquo;inimiti\u00e9, de rancune, de malice, d&rsquo;aigreur ou de malveillance, envers aucune cr\u00e9ature que la main de Dieu a form\u00e9e. Tout en ha\u00efssant les p\u00e9ch\u00e9s d&rsquo;un homme, souviens-toi que tu ne dois point le ha\u00efr lui-m\u00eame; mais que comme Christ a aim\u00e9 les p\u00e9cheurs, ainsi tu dois les aimer. Tout en d\u00e9testant les fausses doctrines, souviens-toi que tu dois aimer celui qui les professe; bien plus : tu es tenu de ha\u00efr l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie par amour pour l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9tique, et avec l&rsquo;ardent d\u00e9sir qu&rsquo;il revienne de son \u00e9garement. Non, tu n&rsquo;as le droit de ha\u00efr personne, pas m\u00eame les \u00eatres les plus d\u00e9grad\u00e9s et les plus avilis, pas m\u00eame ceux qui irritent ton humeur, nuisent \u00e0 ta fortune ou portent atteinte \u00e0 ta r\u00e9putation. Et pourtant la haine, on ne saurait le nier, est une puissance de l&rsquo;\u00e2me humaine; or, pour ma part, je crois fermement que toutes les puissances de nos \u00e2mes nous ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par le Cr\u00e9ateur, afin que nous les exercions, et qu&rsquo;il n&rsquo;en est aucune dont nous ne puissions faire un l\u00e9gitime usage. Il est possible de se mettre en col\u00e8re, et cependant de ne point p\u00e9cher (\u00c9ph. 4.26); il est possible \u00e9galement d&rsquo;\u00e9prouver de la haine, non seulement sans offenser Dieu, mais en accomplissant un devoir positif. Oui, tu peux ha\u00efr, \u00f4 chr\u00e9tien, \u00e0 condition que ta haine se concentre sur un seul objet; alors, bien loin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9pr\u00e9hensible, elle sera, au contraire, digne de louange : vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal. Autant le vindicatif hait son ennemi, autant tu peux ha\u00efr la corruption de ton c\u0153ur. Autant de cruels despotes en guerre l&rsquo;un contre l&rsquo;autre se ha\u00efssent mutuellement, autant tu peux abhorrer tes ennemis spirituels. Autant l&rsquo;enfer hait le ciel, et le ciel, l&rsquo;enfer, autant il t&rsquo;est permis de d\u00e9tester le mal. Cette passion de la haine, qui, dans son \u00e9tat de nature, ressemble \u00e0 un lion furieux alt\u00e9r\u00e9 de sang, tu dois la dompter et t&rsquo;en rendre ma\u00eetre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle devienne, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tes semblables, comme un noble lion qui a perdu ses instincts f\u00e9roces; mais tu peux et tu dois la laisser assouvir toute sa fureur sur le grand ennemi de l&rsquo;\u00c9ternel ton Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire, sur le p\u00e9ch\u00e9. Montrez-moi un homme qui ne se mette jamais en col\u00e8re : cet homme, je vous l&rsquo;affirme, n&rsquo;est point anim\u00e9 d&rsquo;un z\u00e8le v\u00e9ritable pour le Seigneur. Il est bon que nous soyons parfois en col\u00e8re contre le p\u00e9ch\u00e9. Quand nous nous trouvons en pr\u00e9sence du vice, nous devons \u00eatre irrit\u00e9s contre lui, quoique pleins de charit\u00e9 envers ceux qui le commettent. L&rsquo;iniquit\u00e9, sous toutes ses formes, doit toujours nous \u00eatre odieuse. David ne s&rsquo;\u00e9crie-t-il point, apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 les crimes qu&rsquo;il voyait autour de lui : \u00ab&nbsp;Je les hais d&rsquo;une parfaite haine; je les tiens pour mes ennemis \u00bb (Ps. 139.22) ? Nous devons aimer nos propres ennemis, mais ha\u00efr les ennemis de Dieu; aimer l&rsquo;\u00e2me p\u00e9cheresse, mais ha\u00efr son p\u00e9ch\u00e9. Autant qu&rsquo;il est en la puissance de l&rsquo;homme de ha\u00efr, ainsi devons-nous ha\u00efr le mal, quel qu&rsquo;il soit et sous quelque aspect qu&rsquo;il se pr\u00e9sente \u00e0 nous.<\/p>\n<p>Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 observer le caract\u00e8re absolu de mon texte. Il s&rsquo;adresse \u00e0 tous les enfants de Dieu, et il embrasse, non tels ou tels p\u00e9ch\u00e9s particuliers, mais le mal dans son ensemble. On a dit, vous le savez, de certains pr\u00e9tendus d\u00e9vots \u00ab qu&rsquo;ils rachetaient leurs propres faiblesses en condamnant sans mis\u00e9ricorde celles du prochain.&nbsp;\u00bb Cela est vrai pour beaucoup de gens. Plus d\u2019un de mes auditeurs, je n&rsquo;en doute pas, consid\u00e8re les autres comme tr\u00e8s coupables, parce qu&rsquo;ils commettent des p\u00e9ch\u00e9s que lui-m\u00eame ne se soucie pas de commettre, tandis qu&rsquo;il se montre plein d&rsquo;indulgence \u00e0 l&rsquo;endroit de ses propres d\u00e9fauts. \u00d4 chr\u00e9tien, souviens-toi que nul mauvais penchant, nulle habitude coupable ne doit trouver gr\u00e2ce devant tes yeux. Ne tends jamais au mal une main bienveillante ; ne le touche qu&rsquo;avec un gantelet d&rsquo;acier. Ne parle jamais de lui avec m\u00e9nagement, mais hais-le partout et toujours. S&rsquo;il vient \u00e0 toi comme un petit renard, tiens-toi sur tes gardes, autrement il g\u00e2tera tes raisins. S&rsquo;il fond sur toi comme un lion rugissant, cherchant \u00e0 te d\u00e9vorer, ou s&rsquo;il avance tra\u00eetreusement comme l&rsquo;ours, feignant de vouloir t&#8217;embrasser, frappe-le, car son attouchement est la mort, et son \u00e9treinte la destruction. Tu dois combattre indistinctement tout p\u00e9ch\u00e9 de langue, de main ou de c\u0153ur. Qu&rsquo;il soit dor\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et le gain, ou voil\u00e9 sous un semblant de moralit\u00e9 ; qu&rsquo;il soit adul\u00e9 par les grands ou encens\u00e9 par la foule, le mal doit toujours \u00eatre de ta part l&rsquo;objet d&rsquo;une haine implacable, d&rsquo;une haine de tous les instants et de tous les lieux. Oui, guerre \u00e0 outrance, guerre \u00e0 mort contre le p\u00e9ch\u00e9! \u00c0 toutes tes l\u00e9gions, \u00f4 enfer ! \u00e0 tous tes rejetons, \u00f4 Satan! nous devons jurer une inimiti\u00e9 \u00e9ternelle! Pas une seule convoitise ne doit \u00eatre \u00e9pargn\u00e9e, mais contre le mal tout entier, nous devons poursuivre une guerre sans rel\u00e2che, une guerre d&rsquo;extermination. Vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal!<\/p>\n<p>En essayant de traiter ce sujet, mes chers auditeurs, je me propose de diviser mes exhortations en deux parties. Premi\u00e8rement, je vous dirai : ha\u00efssez le mal en vous-m\u00eames; et en second lieu : ha\u00efssez le mal chez autrui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>I<\/strong>.<\/p>\n<p>Et d&rsquo;abord, occupons-nous de ce qui nous touche de plus pr\u00e8s. Chr\u00e9tien, ai-je dit, tu dois HA\u00cfR LE MAL EN TOI-M\u00caME. Et en v\u00e9rit\u00e9, tu as de bonnes raisons pour le ha\u00efr \u2014 des raisons bien autrement puissantes que celles dont jamais opprim\u00e9 n\u2019a pu se servir pour excuser sa haine contre son oppresseur. Consid\u00e8re quel immense pr\u00e9judice le p\u00e9ch\u00e9 t&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 caus\u00e9. Oh ! quel monde de mis\u00e8res n&rsquo;a-t-il pas cr\u00e9\u00e9 dans ton c\u0153ur! C&rsquo;est le p\u00e9ch\u00e9 qui avait pl\u00e2tr\u00e9 tes yeux, en sorte que tu ne pouvais voir la beaut\u00e9 de ton Sauveur; c&rsquo;est lui qui avait bouch\u00e9 tes oreilles, en sorte que tu ne pouvais entendre les douces invitations de J\u00e9sus. C&rsquo;est le p\u00e9ch\u00e9 qui a guid\u00e9 tes pas dans le sentier du mal et qui a rempli tes mains de souillures; c&rsquo;est lui qui a empoisonn\u00e9 la source m\u00eame de ta vie, qui a vici\u00e9 ton c\u0153ur, et l&rsquo;a rendu rus\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment malin par-dessus toutes choses. \u00d4 croyant, songe \u00e0 ce que tu \u00e9tais, alors que le p\u00e9ch\u00e9 r\u00e9gnait sur toi et que la gr\u00e2ce de Dieu ne t&rsquo;avait pas encore renouvel\u00e9. <em>Tu \u00e9tais un enfant de col\u00e8re comme les autres; tu courais avec la multitude pour mal faire; ta bouche \u00e9tait un s\u00e9pulcre ouvert; tu flattais de ta langue<\/em>, et tout ce qu&rsquo;on peut dire aujourd&rsquo;hui de tes semblables, qui vivent loin de Dieu, s&rsquo;appliquait autrefois \u00e0 toi. Chr\u00e9tiens, mes fr\u00e8res en la foi, j&rsquo;en appelle \u00e0 votre exp\u00e9rience : n&rsquo;est-il pas vrai que vous ne diff\u00e9riez en rien du reste des hommes ? Mais vous avez \u00e9t\u00e9 lav\u00e9s, mais vous avez \u00e9t\u00e9 sanctifi\u00e9s, mais vous avez \u00e9t\u00e9 justifi\u00e9s, au nom du Seigneur J\u00e9sus et par l&rsquo;Esprit de notre Dieu (1 Cor. 6.11). Oh! que de sujets n&rsquo;avez-vous pas de ha\u00efr le mal, pour peu que vous regardiez au rocher duquel vous avez \u00e9t\u00e9 taill\u00e9s et au creux de la carri\u00e8re dont vous avez \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s (Esa\u00efe 51.1)! Si grands \u00e9taient les ravages que le p\u00e9ch\u00e9 avait faits dans vos \u00e2mes, que ces \u00e2mes eussent \u00e9t\u00e9 \u00e9ternellement perdues si un tout puissant amour n&rsquo;\u00e9tait intervenu pour les racheter. Enfants de Dieu, ha\u00efssez donc le mal. Il a \u00e9t\u00e9 votre meurtrier ; il a plong\u00e9 le poignard dans votre c\u0153ur; il a mis du poison dans votre bouche ; il a tout fait pour vous pr\u00e9cipiter en enfer; il vous a caus\u00e9 un tel dommage, qu&rsquo;une ruine \u00e9ternelle en e\u00fbt \u00e9t\u00e9 l&rsquo;in\u00e9vitable cons\u00e9quence sans la gr\u00e2ce du Seigneur J\u00e9sus. Voil\u00e0 une premi\u00e8re raison qui doit vous porter \u00e0 ha\u00efr le mal.<\/p>\n<p>Vous devez encore le ha\u00efr, \u00f4 disciples de Christ, vu le rang \u00e9lev\u00e9 que vous occupez dans le monde. Dans les veines d&rsquo;un chr\u00e9tien coule le sang royal de l&rsquo;univers. Que les fils de mendiants errent \u00e7\u00e0 et l\u00e0, d\u00e9guenill\u00e9s et les cheveux en d\u00e9sordre, \u00e0 la bonne heure; mais convient-il \u00e0 des princes du sang de courir les rues comme de jeunes vagabonds? Ne serait-ce pas, je le demande, un spectacle de la plus haute inconvenance que de voir les enfants d&rsquo;un monarque v\u00eatus de haillons et se vautrant dans la boue? Et toi, chr\u00e9tien, tu fais partie de l&rsquo;aristocratie du ciel; tu es un prince de sang royal, ami des anges&#8230; que dis-je? ami de Dieu lui-m\u00eame! Par respect pour ta haute position, aie donc le mal en horreur. Souviens-toi que noblesse oblige. Tu es un Nazar\u00e9en consacr\u00e9 \u00e0 Dieu, mis \u00e0 part pour son service. Or, tu sais que la loi de Mo\u00efse d\u00e9fendait au Nazar\u00e9en, sous peine d&rsquo;\u00eatre tenu pour souill\u00e9, non seulement de boire aucune liqueur faite avec du raisin, mais m\u00eame de go\u00fbter \u00e0 rien de tout ce que la vigne rapporte, depuis les p\u00e9pins jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9corce (Voir Nombres 6). Ainsi dois-tu agir \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du p\u00e9ch\u00e9. Tu es le Nazarien du Seigneur : c&rsquo;est pourquoi balance soigneusement le chemin de tes pieds. \u00c9vite jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;apparence du mal. D\u00e9tourne-toi de tout sentier oblique : ce serait d\u00e9roger \u00e0 ta propre dignit\u00e9 que de marcher comme le commun des hommes. Tu n&rsquo;es pas tel que les autres; tu es de plus noble race. Ta g\u00e9n\u00e9alogie remonte en ligne directe au Fils de Dieu, car celui-l\u00e0 m\u00eame qui est le Prince de paix est ton P\u00e8re de toute \u00e9ternit\u00e9. Je t&rsquo;en conjure, ne d\u00e9shonore donc pas le nom illustre que tu portes, et conduis-toi d&rsquo;une mani\u00e8re digne de ta royale extraction. Tu fais partie de la race \u00e9lue, du peuple acquis, de la nation sainte : comment pourrais-tu donc souiller tes v\u00eatements dans la fange de ce monde? Vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal !<\/p>\n<p>Un autre motif qui doit porter le croyant \u00e0 ha\u00efr le p\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est que le p\u00e9ch\u00e9 l&rsquo;affaiblit. En voulez-vous des preuves? Allez, quand vous avez commis quelque acte de d\u00e9sob\u00e9issance envers Dieu, allez dans votre cabinet, et mettez-vous \u00e0 genoux. Avant d&rsquo;avoir p\u00e9ch\u00e9, votre pri\u00e8re s&rsquo;\u00e9levait, joyeuse et facile, vers le Seigneur, et les b\u00e9n\u00e9dictions que vous lui demandiez descendaient sur vous, rapides comme l&rsquo;\u00e9clair. Mais maintenant, vos genoux sont rel\u00e2ch\u00e9s et vos mains sont languissantes; votre c\u0153ur est impuissant \u00e0 d\u00e9sirer et votre langue se refuse \u00e0 exprimer les faibles d\u00e9sirs que vous essayez de former. Vous cherchez la face de Dieu, mais en vain; vous g\u00e9missez, mais le ciel semble ferm\u00e9 \u00e0 votre cri; vous pleurez, mais vous sentez que vos larmes ne tombent point sur le sein de Dieu. Vous portez vos besoins devant le Tr\u00f4ne de Gr\u00e2ce, mais, h\u00e9las! vous les remportez avec vous. Au lieu d&rsquo;\u00eatre pour vous le plus excellent, le plus doux des privil\u00e8ges, la pri\u00e8re devient un p\u00e9nible devoir. Tel est le r\u00e9sultat du p\u00e9ch\u00e9. De deux choses l&rsquo;une : ou le p\u00e9ch\u00e9 vous fera abandonner la pri\u00e8re, ou la pri\u00e8re vous fera abandonner le p\u00e9ch\u00e9. Jamais, non jamais, \u00f4 croyant, tu ne pourras \u00eatre \u00e0 la fois vaillant dans la pri\u00e8re et vaillant dans le p\u00e9ch\u00e9. Aussi longtemps que tu caresseras un mauvais penchant, un interdit, une convoitise quelconque, la puissance de la pri\u00e8re te sera \u00f4t\u00e9e, et quand tu chercheras \u00e0 t&rsquo;approcher de Dieu, tes l\u00e8vres seront ferm\u00e9es.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour l&rsquo;activit\u00e9 ext\u00e9rieure. Apr\u00e8s avoir volontairement offens\u00e9 ton P\u00e8re c\u00e9leste, va au milieu du monde et essaie de faire du bien. Tu n&rsquo;en feras aucun, absolument aucun, te dis-je! Tu as perdu tout pouvoir d&rsquo;aider les autres \u00e0 se purifier, \u00e9tant toi-m\u00eame impur. Eh quoi? Je pourrais, avec des doigts souill\u00e9s, laver le visage de mon prochain? J&rsquo;irais labourer le champ d&rsquo;autrui, tandis que le mien est en jach\u00e8res, et que les chardons et les ronces le couvrent? Non, c&rsquo;est impossible! La premi\u00e8re condition pour faire du bien aux autres, c&rsquo;est de ne pas souffrir de mal en soi. Un pasteur peu diligent \u00e0 travailler \u00e0 sa propre sanctification sera toujours un pasteur peu b\u00e9ni dans son minist\u00e8re, et un chr\u00e9tien infid\u00e8le sera toujours un chr\u00e9tien st\u00e9rile. C&rsquo;est pourquoi, mon cher auditeur, \u00e0 moins que tu ne souhaites que tes nerfs ne se rel\u00e2chent et que la moelle de tes os ne se dess\u00e8che au dedans de toi; \u00e0 moins que tu ne d\u00e9sires que la s\u00e8ve de ta vie spirituelle ne tarisse dans sa source, je t&rsquo;en supplie, hais le p\u00e9ch\u00e9, car le p\u00e9ch\u00e9 peut tellement te d\u00e9biliter et t&rsquo;affaiblir, que ton \u00e2me deviendra un vrai squelette spirituel, et qu&rsquo;elle tra\u00eenera une mis\u00e9rable existence, au lieu de fleurir, joyeuse et prosp\u00e8re, dans les sentiers du Seigneur. Vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal. Ha\u00efssez-le encore, par la raison que si vous vous y complaisez, vous aurez \u00e0 en porter la peine. Jamais Dieu ne mettra \u00e0&nbsp;mort ses enfants; il a d\u00e9pos\u00e9 pour toujours, en ce qui les concerne, l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de sa justice, depuis l&rsquo;heure m\u00e9morable o\u00f9 cette \u00e9p\u00e9e vengeresse s&rsquo;enfon\u00e7a tout enti\u00e8re dans le sein de J\u00e9sus. Mais Dieu a une verge, et il frappe de cette verge ses enfants rebelles, tellement que parfois les oreilles leur en tintent.<\/p>\n<p>Le Seigneur ne sera jamais courrouc\u00e9 contre ses \u00e9lus au point de les rejeter, mais il peut l&rsquo;\u00eatre assez pour qu&rsquo;ils aient lieu de s&rsquo;\u00e9crier, tout \u00e9perdus : \u00ab Gu\u00e9ris-moi, \u00f4 \u00c9ternel! et que les os que tu as bris\u00e9s se r\u00e9jouissent. \u00bb Ah ! vous connaissez s\u00fbrement la verge du Seigneur, chr\u00e9tiens d\u00e9chus, chr\u00e9tiens infid\u00e8les, qui m&rsquo;\u00e9coutez; car lorsque les brebis de Christ s&rsquo;enfuient loin du berger, le berger ne les laisse point p\u00e9rir, mais il permet \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve et \u00e0 la douleur de fondre sur elles afin que, meurtries et haletantes, elles retournent se r\u00e9fugier dans son sein. Un v\u00e9ritable croyant, je le r\u00e9p\u00e8te, ne sera jamais d\u00e9truit, mais il peut tomber si bas qu&rsquo;il se croira lui-m\u00eame aux portes de l&rsquo;enfer. La vie divine ne s&rsquo;\u00e9teindra jamais compl\u00e8tement dans son \u00e2me, mais il peut se sentir tellement bris\u00e9 et d\u00e9faillant, qu&rsquo;il saura \u00e0 peine s&rsquo;il respire encore. Oh ! chr\u00e9tien, je te le dis, \u00e0 moins que tu ne recherches l&rsquo;affliction, hais le mal. Si tu veux semer de ronces ton sentier et garnir d&rsquo;\u00e9pines ton lit de mort, alors, vis dans le p\u00e9ch\u00e9; mais si, au contraire, tu d\u00e9sires que ton \u00e2me habite d\u00e8s ici-bas les lieux c\u00e9lestes et que ton c\u0153ur retentisse par avance des m\u00e9lodies \u00e9ternelles du paradis, alors marche jusqu&rsquo;\u00e0 la fin dans les voies de la saintet\u00e9.<\/p>\n<p>Oui, chr\u00e9tiens, mes fr\u00e8res, dans votre propre int\u00e9r\u00eat, ha\u00efssez le mal. Mais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent je ne vous ai pr\u00e9sent\u00e9, pour ainsi dire, que des consid\u00e9rations \u00e9go\u00efstes. Je vous ai exhort\u00e9s \u00e0 ha\u00efr le p\u00e9ch\u00e9 en vous signalant quelques-unes des funestes cons\u00e9quences qui en r\u00e9sulteront pour vous. Maintenant, j&rsquo;arrive \u00e0 un argument d&rsquo;un ordre plus relev\u00e9. Chr\u00e9tiens, vous dirai-je, ha\u00efssez le mal; ha\u00efssez-le en vous-m\u00eames, parce qu&rsquo;il fait du mal aux autres. Et d&rsquo;abord, il en fait aux enfants de Dieu. Les infid\u00e9lit\u00e9s d&rsquo;un seul croyant nuisent \u00e0 tout le corps de Christ. Les douleurs les plus cruelles qui aient assailli l&rsquo;\u00c9glise de Dieu lui sont venues de ses propres enfants. Je la vois, l&rsquo;\u00c9pouse de l&rsquo;Agneau, je la vois qui s&rsquo;avance, couverte de boue et les v\u00eatements d\u00e9chir\u00e9s. Ses mains sont ensanglant\u00e9es et ses \u00e9paules couvertes de cicatrices. \u00d4 \u00c9glise du Dieu vivant, toi la plus belle des femmes, comment es-tu r\u00e9duite \u00e0 un si triste \u00e9tat? D&rsquo;o\u00f9 te viennent ces blessures? Qui t&rsquo;a fait subir ces indignes traitements? Est-ce l&rsquo;incr\u00e9dule qui t&rsquo;a crach\u00e9 au visage? Est-ce l&rsquo;arien qui a lac\u00e9r\u00e9 ta robe? Est-ce le socinien qui a souill\u00e9 de fange la blancheur de tes v\u00eatements? S\u00fbrement, c&rsquo;est l&rsquo;impie ou le profane qui a ainsi meurtri tes mains? J&rsquo;entends sa r\u00e9ponse&nbsp;: \u00ab Non, ces blessures m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 faites dans la maison de mes amis. Une secr\u00e8te armure me met \u00e0 l&rsquo;abri des coups de mes adversaires, mais contre mes amis, je suis sans d\u00e9fense ; leurs traits p\u00e9n\u00e8trent jusqu&rsquo;\u00e0 mon coeur&#8230;\u00bb Ah! malheur \u00e0 vous, pr\u00e9tendus chefs des arm\u00e9es de l&rsquo;\u00c9ternel, indignes pasteurs des troupeaux de Christ, disciples infid\u00e8les du R\u00e9dempteur! Malheur \u00e0 vous, car vous faites plus de mal \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise que ne lui en ont jamais fait ses ennemis d\u00e9clar\u00e9s! Si le christianisme n&rsquo;\u00e9tait point une religion divine, prot\u00e9g\u00e9e par la puissance de Dieu, sans contredit, il aurait cess\u00e9 d&rsquo;exister, simplement \u00e0 cause des mis\u00e8res et des incons\u00e9quences de ceux qui se r\u00e9clament de son nom. Je ne m&rsquo;\u00e9tonne nullement, pour ma part, que l&rsquo;\u00c9glise de Dieu ait surv\u00e9cu \u00e0 la pers\u00e9cution et au martyre; mais ce qui m&rsquo;\u00e9tonne, je l&rsquo;avoue, c&rsquo;est qu&rsquo;elle ait surv\u00e9cu aux criantes infid\u00e9lit\u00e9s, aux chutes scandaleuses de ses fils et de ses filles. Oh! chr\u00e9tiens, vous ne savez pas combien le nom de Dieu est blasph\u00e9m\u00e9, combien vous affligez son corps et d\u00e9shonorez son \u00e9tendard, lorsque vous commettez l&rsquo;iniquit\u00e9! Vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez donc le mal! Mais ne le ha\u00efssez pas seulement par amour pour l&rsquo;\u00c9glise, ha\u00efssez-le aussi par amour pour les pauvres p\u00e9cheurs. H\u00e9las! qui pourrait dire combien d&rsquo;\u00e2mes inconverties sont \u00e9loign\u00e9es chaque ann\u00e9e de toute pens\u00e9e s\u00e9rieuse par la conduite des chr\u00e9tiens? Et n&rsquo;avez-vous pas remarqu\u00e9, mes chers auditeurs, quelle vive jouissance le monde \u00e9prouve \u00e0 enregistrer les manquements de ceux qui font profession de pi\u00e9t\u00e9? Pas plus tard qu&rsquo;hier, je lisais sur un journal quelques lignes relatives \u00e0 un mis\u00e9rable, traduit devant les tribunaux pour cause d&rsquo;adult\u00e8re, et le r\u00e9dacteur de l&rsquo;article remarquait plaisamment que cet homme \u00ab avait un air de haute saintet\u00e9&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 bien, pensai-je, un de ces coups d\u00e9tourn\u00e9s que la presse incr\u00e9dule aime tant \u00e0 nous lancer.<\/p>\n<p>Je ne sais trop, soit dit en passant, si, en mati\u00e8re de saintet\u00e9, l&rsquo;opinion des journalistes m\u00e9rite une grande confiance; en tout cas, j&rsquo;imagine que ces messieurs auraient longtemps \u00e0 chercher dans leurs rangs avant de pouvoir nous montrer un saint. Quoi qu&rsquo;il en soit, au dire de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, le vil criminel, dont je viens de parler, avait \u00ab&nbsp;un air de haute saintet\u00e9 \u00bb, et il va sans dire que ces paroles \u00e9taient un trait dirig\u00e9 contre tous les chr\u00e9tiens, puisqu&rsquo;elles semblaient donner \u00e0 entendre que cet homme \u00e9tait un des leurs. Mais tout en protestant contre de semblables attaques, nous devons reconna\u00eetre, mes chers amis, que le monde a bien des sujets de mal parler de nous. Que de chr\u00e9tiens de profession ne voit-on pas, en effet, tous les jours, d\u00e9shonorer le christianisme de la mani\u00e8re la plus grave? Il s&rsquo;accomplit des choses au nom de J\u00e9sus-Christ qu&rsquo;il serait honteux de faire, je ne crains pas de le dire, au nom de B\u00e9elz\u00e9bul; il y a des actes si abominables commis par des gens qui se disent membres de l&rsquo;\u00c9glise de Dieu, qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 je me demande si les d\u00e9mons eux-m\u00eames n&rsquo;en rougiraient point! Oui, les gens du dehors ont eu de graves motifs pour attaquer l&rsquo;\u00c9glise. Enfants de Dieu, soyez donc sur vos gardes. Le monde a un \u0153il de lynx. Quoi que vous fassiez, il apercevra vos chutes; bien plus, il les grossira, et s&rsquo;il ne peut vous surprendre en faute, il aura recours \u00e0 la calomnie. Mais puisque vous ne pouvez esp\u00e9rer d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 sa malice, efforcez-vous du moins de ne point y donner prise. Que vos v\u00eatements soient blancs en tout temps (\u00c9ccl. 9.8). Marchez dans la crainte de l&rsquo;\u00c9ternel, et que la pri\u00e8re du psalmiste devienne votre pri\u00e8re de chaque jour : \u00ab Soutiens-moi, et je serai en s\u00fbret\u00e9 \u00bb (Ps. 119.117, Version Martin).<\/p>\n<p>Enfin, j&rsquo;ai \u00e0 vous pr\u00e9senter un dernier argument qui ne peut manquer, ce me semble, de toucher vos c\u0153urs et de vous inspirer une haine profonde \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du p\u00e9ch\u00e9. Vous avez un ami, le meilleur ami que vous ayez jamais eu. Je le connais, je l&rsquo;ai aim\u00e9 et il m&rsquo;a aim\u00e9. Un jour que j&rsquo;errais, seul et pensif, dans la campagne, je me trouvai tout \u00e0 coup dans un endroit qui restera pour toujours grav\u00e9 dans mon souvenir, car l\u00e0 je vis cet ami \u2014 mon meilleur, mon unique ami \u2014 \u00e9tendu mort \u00e0 mes pieds ! Le c\u0153ur plein d&rsquo;un douloureux effroi, je me baissai et le regardai&#8230; il avait \u00e9t\u00e9 l\u00e2chement assassin\u00e9! Je vis que ses mains et ses pieds avaient \u00e9t\u00e9 perc\u00e9s de clous. Sur son visage, glac\u00e9 par la mort, \u00e9tait empreinte une angoisse si terrible que je pouvais \u00e0 peine en supporter la vue. Son corps \u00e9tait amaigri par le je\u00fbne, son dos \u00e9tait sillonn\u00e9 de plaies sanglantes. Une ligne de blessures ceignait son front: \u00e9videmment, de cruelles \u00e9pines l&rsquo;avaient meurtri. Je fr\u00e9mis d&rsquo;indignation, car je savais tout ce que valait cet ami. Jamais il ne s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 aucun mal en lui. Il \u00e9tait pur parmi les purs, saint parmi les saints. Qui donc avait os\u00e9 lever la main sur lui? Il n&rsquo;avait jamais nui \u00e0 personne. Pendant toute sa vie, il \u00e9tait all\u00e9 de lieu en lieu en faisant le bien ; il avait gu\u00e9ri les malades, rassasi\u00e9 les affam\u00e9s, ressuscit\u00e9 les morts : pour laquelle de ces \u0153uvres lui avait-on \u00f4t\u00e9 la vie? Son existence tout enti\u00e8re n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;amour. Et tout en consid\u00e9rant ce p\u00e2le et morne visage, si plein \u00e0 la fois de poignante douleur et d&rsquo;ineffable amour, je me demandais avec \u00e9tonnement quels pouvaient \u00eatre les mis\u00e9rables assez vils pour avoir os\u00e9 le frapper? \u00ab O\u00f9 demeurent ces tra\u00eetres? \u00bb m&rsquo;\u00e9criai-je; \u00ab qui me dira o\u00f9 je pourrai les trouver? O\u00f9 se cachent-ils, les inf\u00e2mes qui ont perc\u00e9 les mains d&rsquo;un \u00eatre tel que celui-l\u00e0?&nbsp;\u00bb Eussent-ils mis \u00e0 mort un tyran, on aurait pu leur pardonner. Eussent-ils tu\u00e9 un de ces \u00eatres d\u00e9grad\u00e9s qui se plongent dans le vice et l&rsquo;infamie, on aurait pu avoir quelque indulgence pour leur forfait. Eussent-ils choisi pour leur victime un meurtrier, un rebelle, un conspirateur, on aurait pu dire : \u00ab Enterrez son corps : justice a \u00e9t\u00e9 faite !&nbsp;\u00bb Mais lorsque tu fus mis \u00e0 mort, toi, mon plus cher, mon unique ami, oh! quel attentat! quel crime sans pareil! \u00ab&nbsp;O\u00f9 sont-ils, les monstres qui ont fait couler ton sang? Que ne puis-je m&#8217;emparer d&rsquo;eux et leur faire expier leur forfait! \u00bb Oh! quelle jalousie, quelle indignation, quelle col\u00e8re je ressentais ! Mais voici, comme je me penchais de nouveau sur ce corps inanim\u00e9, un bruit de pas frappe mon oreille. \u00c9tonn\u00e9, je me rel\u00e8ve, j&rsquo;\u00e9coute : le m\u00eame bruit se fait entendre. Plus de doute, le meurtrier est pr\u00e8s ! J&rsquo;avan\u00e7ai en t\u00e2tonnant (car il faisait sombre), esp\u00e9rant \u00e0 tout moment mettre la main sur le tra\u00eetre. Mais, chose \u00e9trange ! quoique je distinguasse toujours le son des pas, de quelque c\u00f4t\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tendisse la main, je ne rencontrais que le vide\u2026 Alors la v\u00e9rit\u00e9 se fit jour dans mon \u00e2me; mes yeux se dessill\u00e8rent, et pla\u00e7ant la main sur ma propre poitrine : \u00ab Ah ! je te tiens enfin!&nbsp;\u00bb m\u2019\u00e9criai-je avec amertume, car je venais de d\u00e9couvrir, h\u00e9las ! que le meurtrier \u00e9tait dans mon c\u0153ur, qu&rsquo;il habitait les replis les plus secrets de mon \u00eatre! Oh ! alors, comme je pleurai! Comme je me frappai la poitrine en contemplant les restes sanglants de mon Ma\u00eetre et en songeant que son bourreau c&rsquo;\u00e9tait moi, c&rsquo;\u00e9tait mon p\u00e9ch\u00e9! Quels remords, quelle profonde componction n&rsquo;\u00e9prouvai-je pas lorsque, agenouill\u00e9 pr\u00e8s de son corps, je chantai cet hymne plaintif :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab \u00d4 J\u00e9sus, mon ami fid\u00e8le,<\/p>\n<p>C&rsquo;est moi qui te brisai le c\u0153ur!<\/p>\n<p>C&rsquo;est moi qui d&rsquo;une main cruelle<\/p>\n<p>Per\u00e7ai la main de mon Sauveur!&#8230; \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Vengeance ! vengeance ! \u00d4 vous tous qui craignez l&rsquo;\u00c9ternel et qui aimez son nom, vengez-vous du p\u00e9ch\u00e9 et ha\u00efssez le mal ! Et maintenant, mes chers auditeurs, je d\u00e9sire vous donner quelques avis relativement \u00e0 cette lutte constante que le chr\u00e9tien est appel\u00e9 \u00e0 soutenir contre le mal. Il s&rsquo;agit, vous le savez, de faire mourir en nous le vieil homme et ses convoitises : mais quel moyen employer pour atteindre ce but ? Voici le glaive de la loi : aurons-nous recours \u00e0 lui? H\u00e9las! les coups de Mo\u00efse seront toujours impuissants pour mettre \u00e0 mort le p\u00e9ch\u00e9. La loi et ses terreurs, bien loin d&rsquo;amollir l&rsquo;\u00e2me, ne font, en g\u00e9n\u00e9ral, que l&rsquo;endurcir. J&rsquo;ai souvent essay\u00e9, pour ma part, de triompher du p\u00e9ch\u00e9 en pensant au ch\u00e2timent qui en est la suite ; mais je d\u00e9clare que cette consid\u00e9ration n&rsquo;a pu que tr\u00e8s rarement m&rsquo;arr\u00eater dans la voie du mal. Je suis persuad\u00e9 que les menaces de la loi, toutes formidables qu&rsquo;elles sont, ne poss\u00e8dent que fort peu de puissance pour dompter le c\u0153ur et le faire renoncer \u00e0 ses convoitises. Il y a plus : j&rsquo;affirme que trop souvent ces menaces ont pour effet de caut\u00e9riser la conscience, et que le p\u00e9cheur finit par trouver je ne sais quelle \u00e2pre volupt\u00e9 \u00e0 braver le ch\u00e2timent. Aussi, ne conseillerai-je jamais \u00e0 une \u00e2me qui d\u00e9sire \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e de ses p\u00e9ch\u00e9s, de m\u00e9diter continuellement sur la peine qui leur est due. Qu&rsquo;elle essaie plut\u00f4t d&rsquo;une autre m\u00e9thode. Qu&rsquo;elle aille s&rsquo;asseoir au pied de la croix et qu&rsquo;elle puise, dans la contemplation du sacrifice expiatoire que Christ a accompli pour elle, une repentance selon l&rsquo;\u00c9vangile. Je ne connais point d&rsquo;autre rem\u00e8de contre le p\u00e9ch\u00e9 qu&rsquo;une communion habituelle avec J\u00e9sus. Vivez avec lui, et il vous sera impossible de vivre avec le mal. Quoi! mon Seigneur J\u00e9sus, se pourrait-il que je me prosternasse au pied de l&rsquo;arbre maudit, que je visse ton sang couler goutte \u00e0 goutte pour expier mes transgressions, et qu&rsquo;ensuite j&rsquo;allasse de nouveau me plonger dans l&rsquo;iniquit\u00e9? H\u00e9las! oui, cela se pourrait, car il n&rsquo;est aucune \u00e9normit\u00e9 dont une cr\u00e9ature aussi vile que moi ne soit capable; toutefois, s&rsquo;il est un moyen par lequel je puisse arriver \u00e0 surmonter les tentations, s&rsquo;il est une entrave que je puisse opposer efficacement dans mon \u00e2me au courant fatal du p\u00e9ch\u00e9, c&rsquo;est de me nourrir constamment de cette pens\u00e9e : J\u00e9sus a v\u00e9cu et il est mort pour moi.<\/p>\n<p>Je vous donnerai un second avis : si vous voulez combattre victorieusement le p\u00e9ch\u00e9, ne craignez point que le grand jour r\u00e8gne dans votre c\u0153ur. Quand la m\u00e9nag\u00e8re nettoie sa maison, si les rideaux sont baiss\u00e9s, elle croit que tout est propre autour d&rsquo;elle ; mais si elle entrouvre la fen\u00eatre et qu&rsquo;un rayon de soleil se glisse dans la chambre, aussit\u00f4t elle voit dix mille grains de poussi\u00e8re tourbillonner \u00e7\u00e0 et l\u00e0. \u00ab&nbsp;Ah ! \u00bb pense alors la ma\u00eetresse du logis, \u00ab&nbsp;ma chambre n&rsquo;est point aussi propre que je l&rsquo;imaginais; voici de la poussi\u00e8re que je n&rsquo;avais pas vue \u00bb; et elle se remet au travail avec une nouvelle ardeur. Faites de m\u00eame, mes bien-aim\u00e9s. Ne vous contentez pas d&rsquo;\u00eatre \u00e9clair\u00e9s par le mis\u00e9rable lumignon de votre propre jugement, mais ouvrez votre c\u0153ur au brillant soleil du Saint-Esprit, afin qu&rsquo;\u00e0 sa vive lumi\u00e8re vous puissiez d\u00e9couvrir tous vos p\u00e9ch\u00e9s. Souvenez-vous qu&rsquo;un p\u00e9ch\u00e9 connu est un p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 vaincu. Recherchez donc le grand jour, et faites-en sorte qu&rsquo;aucune des taches de votre \u00e2me ne reste dans l&rsquo;ombre.<\/p>\n<p>Observons, en outre, que celui qui d\u00e9sire \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 du mal ne doit pas se borner \u00e0 le contenir dans certaines limites, mais qu&rsquo;il doit aspirer \u00e0 ce que le Saint-Esprit l&rsquo;extirpe enti\u00e8rement de son c\u0153ur. Vous savez que les simples moralistes s&rsquo;efforcent de r\u00e9primer leurs passions, absolument comme on interrompt le cours d&rsquo;une rivi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;aide de digues et de chauss\u00e9es : l&rsquo;eau est refoul\u00e9e pendant quelque temps, il est vrai, mais elle grossit, grossit toujours jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;enfin elle d\u00e9borde avec furie. Je le r\u00e9p\u00e8te, ne vous bornez pas \u00e0 comprimer votre corruption naturelle, car, quoique vaincue en apparence, elle pourrait tout \u00e0 coup \u00e9clater avec une nouvelle force; mais plut\u00f4t demandez \u00e0 Dieu de la tarir dans sa source. Et quoique, h\u00e9las! de ce c\u00f4t\u00e9-ci de la tombe, le lit de ce torrent d\u00e9vastateur qui a nom le p\u00e9ch\u00e9 restera toujours creus\u00e9 dans votre \u00e2me, cependant le torrent lui-m\u00eame peut \u00eatre dess\u00e9ch\u00e9, comme les eaux de l&rsquo;Euphrate, devant la face de l&rsquo;\u00c9ternel notre Dieu.<\/p>\n<p>Un autre conseil. Lorsque vous avez commis une faute quelconque, confessez-la \u00e0 Dieu tout d&rsquo;abord; puis, que cette faute vous porte \u00e0 vous examiner vous-m\u00eames et \u00e0 rechercher tous vos autres manquements. Jamais David n&rsquo;\u00e9crivit une confession aussi humble et aussi compl\u00e8te de ses transgressions qu&rsquo;apr\u00e8s sa lourde et m\u00e9morable chute (Ps. 51). Ce fut pour lui une occasion de sonder son c\u0153ur, et ayant reconnu \u00e0 quel point ce c\u0153ur \u00e9tait vil, corrompu, mis\u00e9rable, il exhala ses sentiments d&rsquo;humiliation en faisant un aveu g\u00e9n\u00e9ral de ses iniquit\u00e9s. Quand tu d\u00e9couvres un p\u00e9ch\u00e9 en toi, mon cher auditeur, sois s\u00fbr que d&rsquo;autres ne sont pas loin, car Satan n&rsquo;envoie jamais ses \u00e9missaires que par bandes. Quand donc tu t&rsquo;approcheras de Dieu pour lui confesser un p\u00e9ch\u00e9 sp\u00e9cial, n&rsquo;oublie point de d\u00e9rouler en m\u00eame temps devant lui toutes les mis\u00e8res de ton \u00e2me, et tandis que tu regardes principalement \u00e0 celui-ci, aie soin d&rsquo;avoir aussi l\u2019\u0153il ouvert sur celles-l\u00e0. Ne te contente pas de terrasser une convoitise ou une tentation, mais efforce-toi de blesser mortellement tous tes p\u00e9ch\u00e9s et de les mettre en d\u00e9route.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ici le lieu d&rsquo;observer qu&rsquo;il est certains p\u00e9ch\u00e9s par lesquels le chr\u00e9tien se laissera s\u00fbrement s\u00e9duire, \u00e0 moins qu&rsquo;il n&rsquo;ait le soin de les d\u00e9pouiller de leurs d\u00e9guisements. Quelquefois, le mal se pr\u00e9sentera \u00e0 vous envelopp\u00e9 dans une robe de Scinhar, comme le lingot d&rsquo;or d\u00e9rob\u00e9 par Achan : d\u00e9ployez cette riche enveloppe, et vous verrez l&rsquo;interdit qui y \u00e9tait cach\u00e9 (Voir Josu\u00e9 7). D&rsquo;autres fois, comme dans le cas du roi Sa\u00fcl, il se d\u00e9guisera habilement en respect pour le Seigneur et en z\u00e8le pour son service; mais arrachez-lui son masque, et vous reconna\u00eetrez qu&rsquo;aux yeux de Dieu la r\u00e9sistance est autant que les idoles, et la r\u00e9bellion autant que le sortil\u00e8ge (Voir 1 Sam. 4). Le p\u00e9ch\u00e9 fait comme J\u00e9zabel : il oint sa t\u00eate et farde son visage, afin de trouver gr\u00e2ce aupr\u00e8s de nous. Que dis-je? il se d\u00e9guise parfois en ange de lumi\u00e8re. Chr\u00e9tien, ne te laisse point prendre \u00e0 ses artifices. D\u00e9masque-le, vois sa laideur, contemple sa difformit\u00e9, m\u00e9prise le salaire que peut-\u00eatre il fait briller \u00e0 tes yeux, d\u00e9pouille-le de ses appas trompeurs, et lorsqu&rsquo;il t&rsquo;appara\u00eetra dans toute sa hideuse nudit\u00e9, tu auras moins de peine \u00e0 te d\u00e9fendre contre lui.<\/p>\n<p>Un mot encore \u00e0 mes fr\u00e8res en la foi. Dans vos moments de plus haute spiritualit\u00e9, de plus intime communion avec Dieu, leur dirai-je, essayez de vous faire une juste id\u00e9e de toute l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 du p\u00e9ch\u00e9. Ce n&rsquo;est point lorsque vous \u00eates dans un \u00e9tat de rel\u00e2chement et d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 que vous pouvez juger sainement le mal. Un plongeur pourrait avoir mille tonnes d&rsquo;eau au-dessus de sa t\u00eate qu&rsquo;il n&rsquo;en sentirait pas le poids, parce que l&rsquo;eau l&rsquo;environne; mais qu&rsquo;il revienne \u00e0 terre et qu&rsquo;on lui mette seulement quelques seaux d&rsquo;eau sur les \u00e9paules, et il en sera \u00e9cras\u00e9. De m\u00eame, si vous \u00eates, pour ainsi dire, plong\u00e9s dans le p\u00e9ch\u00e9, vous ne sauriez en sentir le poids; mais quand vous serez sortis de cet \u00e9l\u00e9ment impur, que le sang de l&rsquo;aspersion aura purifi\u00e9 votre \u00e2me, et que l&rsquo;Esprit de saintet\u00e9 vous aura relev\u00e9s de votre chute, alors efforcez-vous de r\u00e9aliser le poids \u00e9norme de votre culpabilit\u00e9. Cela vous aidera \u00e0 ha\u00efr et \u00e0 surmonter le mal.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9gard de p\u00e9ch\u00e9s d&rsquo;une certaine nature, le meilleur conseil que je puisse vous donner est celui-ci : si vous voulez les vaincre, fuyez-les. Les convoitises de la chair, entre autres, ne doivent jamais \u00eatre combattues, si ce n&rsquo;est \u00e0 la mani\u00e8re de Joseph ; or, vous savez ce que fit Joseph : il s&rsquo;enfuit. Un c\u00e9l\u00e8bre philosophe met dans la bouche de Mentor ces mots bien connus : \u00ab&nbsp;Fuis, fuis, T\u00e9l\u00e9maque! tu n&rsquo;as d&rsquo;autre salut que dans la fuite ! \u00bb \u00c0 mon tour, je te dirai, mon cher auditeur: Fuis, fuis ! Car dans le cas particulier qui nous occupe, la fuite est le premier des devoirs. Les vrais soldats de la croix lutteront corps \u00e0 corps avec tout autre p\u00e9ch\u00e9 ; mais, en pr\u00e9sence de celui-ci, ils tournent le dos et s&rsquo;enfuient, en sorte qu&rsquo;ils sont plus que vainqueurs. Fuyez la fornication (1 Cor. 6.18), a dit la sagesse divine. Si donc une tentation de ce genre t&rsquo;assaille, ferme tes yeux, bouche tes oreilles, et t&rsquo;enfuis au plus vite, car tu ne seras en s\u00fbret\u00e9 que lorsque tu seras loin.<\/p>\n<p>Enfin, vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, si vous d\u00e9sirez \u00eatre victorieux du mal, recherchez sans cesse une nouvelle onction du Saint-Esprit. Qu&rsquo;un seul jour ne se passe pas sans que vous alliez puiser \u00e0 la source des eaux vives la nouvelle mesure de gr\u00e2ces dont vous aurez besoin pour accomplir les devoirs de la vie active. Nous ne sommes jamais en s\u00fbret\u00e9 qu&rsquo;entre les mains du Seigneur. Il n&rsquo;est pas un seul chr\u00e9tien \u2014 si avanc\u00e9 qu&rsquo;il soit dans la pi\u00e9t\u00e9, ou si renomm\u00e9 qu&rsquo;il puisse \u00eatre par sa vigilance et son esprit de pri\u00e8re \u2014 non, je l&rsquo;affirme, il n&rsquo;est pas un seul chr\u00e9tien dans le monde qui p\u00fbt subsister un seul jour sans faire de lourdes chutes, \u00e0 moins que l&rsquo;Esprit de Dieu ne soit son protecteur. Un ancien \u00e9crivain a dit excellemment : \u00ab Ferme ton c\u0153ur tous les matins par la pri\u00e8re, et remets-en la clef \u00e0 ton P\u00e8re c\u00e9leste, en sorte que rien n&rsquo;y puisse entrer; puis, le soir venu, ouvre-le, et il s&rsquo;en exhalera un doux parfum d&rsquo;amour, de joie et de saintet\u00e9. \u00bb Croyant, retiens bien ceci : ce n&rsquo;est que par l&rsquo;Esprit de Dieu que tu peux triompher du p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re remarque. \u00c9vitez les pr\u00e9dicateurs qui s&rsquo;efforceraient en quelque mani\u00e8re d&rsquo;excuser ou de pallier le mal. \u00c9vitez soigneusement aussi toute conversation et toute lecture qui tendraient \u00e0 vous pr\u00e9senter les p\u00e9ch\u00e9s des enfants de Dieu comme \u00e9tant de peu d&rsquo;importance. Je connais de soi-disant chr\u00e9tiens qui parlent de leurs chutes, de leurs infid\u00e9lit\u00e9s, de leurs transgressions comme s&rsquo;ils en \u00e9taient fiers, et qui semblent en v\u00e9rit\u00e9 les consid\u00e9rer comme leurs exp\u00e9riences les plus b\u00e9nies. Semblables \u00e0 ce chien de la fable, auquel on avait mis une cloche au cou parce qu&rsquo;il \u00e9tait dangereux et qui paraissait en tirer vanit\u00e9, ces personnes s&rsquo;enorgueillissent de ce qui est leur confusion. Les orties sont de trop partout, mais nulle part elles ne sont plus mal plac\u00e9es qu&rsquo;au milieu d&rsquo;un parterre; de m\u00eame, le p\u00e9ch\u00e9 est odieux partout, mais nulle part autant que chez le chr\u00e9tien. Si, en rentrant aujourd&rsquo;hui dans vos demeures, vous voyiez un enfant qui s&rsquo;amus\u00e2t \u00e0 casser les vitres \u00e0 coups de pierre, assur\u00e9ment vous lui adresseriez des remontrances; mais si le jeune coupable \u00e9tait votre propre fils, n&rsquo;est-il pas vrai que vous le ch\u00e2tieriez s\u00e9v\u00e8rement, justement parce qu&rsquo;il est votre fils? Ainsi agit le Seigneur \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de son peuple. Quand les mondains font le mal, il les reprend; mais quand ses enfants p\u00e8chent, il les frappe. Il ne fermera jamais les yeux sur les fautes de sa propre famille; il ne les laissera point impunies. \u00d4 vous qui craignez l&rsquo;\u00c9ternel, gardez-vous de tol\u00e9rer le p\u00e9ch\u00e9 en vous-m\u00eames, car Dieu, lui, ne le tol\u00e9rera point. Ha\u00efssez le mal, car il le hait, lui, d&rsquo;une parfaite haine.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>II.<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;arrive \u00e0 la seconde partie de mon sujet. Si le chr\u00e9tien doit ha\u00efr le p\u00e9ch\u00e9 en lui-m\u00eame, il doit aussi, avons-nous dit, le ha\u00efr chez les autres. Notez bien que je ne vous dis pas de ha\u00efr les autres, mais de ha\u00efr leurs p\u00e9ch\u00e9s, ce qui est tout diff\u00e9rent. Comme je me suis longuement \u00e9tendu sur le premier point, je dois me borner \u00e0 vous pr\u00e9senter sur celui-ci deux ou trois r\u00e9flexions pratiques.<\/p>\n<p>Et d&rsquo;abord, si vous ha\u00efssez le mal chez autrui, vous ne devez jamais le traiter l\u00e9g\u00e8rement, encore moins avoir l&rsquo;air de l&rsquo;approuver. Souvent, un chr\u00e9tien fait plus de mal qu&rsquo;il ne pense par un simple sourire. Un jeune homme a peut-\u00eatre racont\u00e9 devant vous quelques incidents plus ou moins scandaleux de sa vie. Vous \u00e9tiez en chemin de fer ou dans un lieu public, par cons\u00e9quent vous ne pouviez \u00e9viter de l&rsquo;entendre. Il a \u00e9t\u00e9 fort spirituel, et vous avez souri \u00e0 ses traits d&rsquo;esprit. Ce jeune homme vous conna\u00eet; il sait que vous faites profession de pi\u00e9t\u00e9; aussi pense-t-il avoir obtenu un beau triomphe : n&rsquo;a-t-il pas r\u00e9ussi \u00e0 faire rire un chr\u00e9tien en lui parlant du p\u00e9ch\u00e9? \u2014 Ou bien, vous avez entendu des incr\u00e9dules tenir des propos mals\u00e9ants, libres, profanes. Dans le secret de votre coeur, vous en avez \u00e9t\u00e9 r\u00e9volt\u00e9; ces discours ont bless\u00e9 vos oreilles, mais vous \u00eates rest\u00e9 tranquillement \u00e0 votre place, et les personnes pr\u00e9sentes se sont dit entre elles : \u00ab Ah ! voil\u00e0 bien ces pr\u00e9tendus d\u00e9vots! Avez-vous vu comme il \u00e9coutait? Il ne perdait pas un mot de la conversation. \u00c9videmment, il y prenait plaisir. \u00bb Et, sur-le-champ, on place ces entretiens d\u00e9shonn\u00eates sous le sceau de votre approbation\u2026 Oh ! mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, je vous en supplie, veillez sur vous-m\u00eames \u00e0 cet \u00e9gard. O\u00f9 que vous soyez, conduisez-vous de mani\u00e8re \u00e0 faire comprendre \u00e0 tous que non seulement vous n&rsquo;aimez pas le p\u00e9ch\u00e9, mais que vous l&rsquo;avez en horreur. Que les mondains ne disent pas simplement \u00e0 votre sujet :&nbsp;\u00ab Ils semblent ne pas avoir de go\u00fbt pour nos entretiens et nos plaisirs \u00bb, mais qu&rsquo;ils sachent positivement que vous les d\u00e9testez, que vous les ha\u00efssez, que vous n&rsquo;avez ni sourire, ni indulgence pour le mal, mais seulement de l&rsquo;indignation. Au si\u00e8cle dernier, il \u00e9tait de bon ton de se livrer \u00e0 certains vices qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous regardons avec d\u00e9go\u00fbt, et dans cent ans, je l&rsquo;esp\u00e8re, des actes dont on n&rsquo;a pas honte aujourd&rsquo;hui seront fl\u00e9tris par l&rsquo;opinion publique comme \u00e9tant souverainement odieux et m\u00e9prisables. Mais, en attendant, montrez que vous du moins, enfants de Dieu, vous n&rsquo;excusez aucun p\u00e9ch\u00e9 et que vous ne traitez l\u00e9g\u00e8rement aucune violation de la loi divine.<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 ne se borne pas votre devoir. Lorsque vous y serez appel\u00e9s (et cela peut arriver tr\u00e8s souvent), ne manquez pas de protester ouvertement contre le mal. Un silence coupable vous fait participer en quelque mesure aux mauvaises actions des p\u00e9cheurs. Si un soir, en rentrant chez moi, je voyais un malfaiteur forcer votre maison, et qu&rsquo;au lieu de donner l&rsquo;alarme, je m&rsquo;esquivasse tout doucement, laissant le voleur ex\u00e9cuter en paix ses coupables desseins, ne serais-je point, en quelque sorte, complice de son crime? De m\u00eame, si vous trouvant dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il se tient de mauvais discours et o\u00f9 l&rsquo;on blasph\u00e8me le nom de Christ, vous ne dites pas un mot en faveur de votre Ma\u00eetre, je vous le demande, ne commettez-vous pas un p\u00e9ch\u00e9 des plus graves, et par votre silence, ne devenez-vous pas en r\u00e9alit\u00e9 complices des blasph\u00e9mateurs? Croyants, qu&rsquo;une telle l\u00e2chet\u00e9 ne soit point la v\u00f4tre. Parlez hardiment pour votre Seigneur et Ma\u00eetre. Peut-\u00eatre le monde vous traitera-t-il de puritains? Mais qu&rsquo;importe, je vous prie? C&rsquo;est un grand et beau nom que celui-l\u00e0 : honneur \u00e0 ceux qui le m\u00e9ritent ! Peut-\u00eatre dira-t-on que votre pi\u00e9t\u00e9 est trop rigide? Et qu&rsquo;importe encore? Il est fort heureux, en v\u00e9rit\u00e9, qu&rsquo;il y ait des chr\u00e9tiens trop rigides, quand il y en a tant de trop rel\u00e2ch\u00e9s. Il se peut aussi que les mondains ne vous re\u00e7oivent plus dans leur soci\u00e9t\u00e9; mais tout bien compt\u00e9, au lieu d&rsquo;\u00eatre une perte, ne serait-ce pas un grand gain pour vous? Et quand m\u00eame on vous calomnierait, mes bien-aim\u00e9s, quand m\u00eame on vous abreuverait d&rsquo;injures et d&rsquo;outrages, ne savez-vous pas que nous devons nous r\u00e9jouir et tressaillir de joie lorsqu&rsquo;on dira faussement contre nous toute sorte de mal, \u00e0 cause du Fils de l&rsquo;Homme (Matt. 5.11-12) ? Arri\u00e8re donc toute l\u00e2che timidit\u00e9 ! Quand nous devons parler, parlons hardiment, et for\u00e7ons le p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 rougir en notre pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Mais cette protestation ouverte et publique ne suffit pas; nous devons aussi, quand l&rsquo;occasion s&rsquo;en pr\u00e9sente, avertir en particulier le p\u00e9cheur. On m&rsquo;a racont\u00e9 derni\u00e8rement un fait, bien digne de l&rsquo;imitation de tous les chr\u00e9tiens. Un homme pieux, qui se trouvait dans un \u00e9tablissement public, entendit un \u00e9tranger prendre le nom de Dieu en vain. Aussit\u00f4t, il va l&rsquo;accoster et lui demande poliment s&rsquo;il pourrait lui dire quelques mots en particulier. \u00ab Certainement \u00bb, r\u00e9pond l&rsquo;\u00e9tranger; \u00ab passons dans cette salle. \u00bb D\u00e8s qu&rsquo;ils furent seuls, l&rsquo;homme pieux dit \u00e0 l&rsquo;autre: \u00ab J&rsquo;ai remarqu\u00e9 avec peine, cher monsieur, que vous prenez le saint nom de Dieu en vain. Je suis assur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avance que vous excuserez mes remarques sur ce sujet. Je n&rsquo;ai pas voulu les faire en pr\u00e9sence de t\u00e9moins, mais je tiens \u00e0 vous dire que c&rsquo;est un grand p\u00e9ch\u00e9 de prononcer ainsi le nom du Seigneur \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re et que certainement il ne peut vous en arriver que du mal. Ne pourriez-vous pas dor\u00e9navant renoncer \u00e0 cette coupable habitude? \u00bb L&rsquo;avertissement fut re\u00e7u avec reconnaissance. L&rsquo;\u00e9tranger remercia son interlocuteur, parla de sa premi\u00e8re \u00e9ducation qui avait \u00e9t\u00e9 fort d\u00e9fectueuse, et exprima l&rsquo;espoir que cette le\u00e7on lui serait utile. \u2014 Ne pensez-vous pas, mes fr\u00e8res, que si nous agissions tous comme le digne chr\u00e9tien dont je viens de parler, nous pourrions faire beaucoup de bien? Et ne croyez-vous pas qu&rsquo;en n\u00e9gligeant le devoir de la r\u00e9pr\u00e9hension individuelle, nous laissons \u00e9chapper de pr\u00e9cieuses occasions de t\u00e9moigner notre haine contre le p\u00e9ch\u00e9? Ah! Si nous \u00e9tions plus fid\u00e8les, Satan trouverait en nous de plus rudes adversaires, et partout o\u00f9 nous le d\u00e9couvririons, nous serions trop heureux de l&rsquo;assaillir de nos traits.<\/p>\n<p>Mais avant tout, mes chers amis, n&rsquo;oubliez pas, comme je vous l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit dans une autre partie de ce discours, que si vous ha\u00efssez le mal chez les autres, vous devez prendre garde de ne point le ch\u00e9rir en vous-m\u00eames ; car \u00e0 quoi bon, je le demande, signaler au prochain la paille qui est dans son oeil, tandis qu&rsquo;on a soi-m\u00eame une poutre dans le sien (Luc 6.41)? Vous connaissez le vieux proverbe : \u00ab M\u00e9decin, gu\u00e9ris-toi toi-m\u00eame. \u00bb Commencez tout d&rsquo;abord par vous gu\u00e9rir de vos propres infirmit\u00e9s, apr\u00e8s quoi vous pourrez chercher, tant qu&rsquo;il vous plaira, \u00e0 gu\u00e9rir les infirmit\u00e9s d&rsquo;autrui. Reprenez votre prochain, rien de mieux ; mais efforcez-vous auparavant de r\u00e9gler votre conduite d&rsquo;apr\u00e8s la loi de l&rsquo;\u00c9vangile.<\/p>\n<p>Et maintenant, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s, vous tous qui aimez le Sauveur, laissez-moi vous exhorter en terminant \u00e0 former contre le mal une sainte alliance et \u00e0 travailler d&rsquo;un commun accord au renversement de son empire. Pour cela, joignez-vous de c\u0153ur et de main \u00e0 tout homme (sous quelque d\u00e9nomination qu&rsquo;il se range) qui hait et combat le p\u00e9ch\u00e9. Encouragez toute soci\u00e9t\u00e9 qui, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, s&rsquo;efforce de faire du bien. Que ce programme soit le v\u00f4tre : \u00ab Ne rien \u00e9lever que Christ, ne rien abaisser que le mal. \u00bb Aidez tous ceux qui cherchent \u00e0 \u00e9tendre le royaume du R\u00e9dempteur. Le meilleur moyen de renverser le mal est de le remplacer par le bien : si donc vous ha\u00efssez r\u00e9ellement le mal, prouvez-le par votre activit\u00e9 \u00e0 faire du bien. Aidez le ministre de l\u2019\u00c9vangile; priez pour lui; soutenez ses mains d\u00e9faillantes, cherchez \u00e0 le fortifier. Quant \u00e0 vous-m\u00eames, devenez \u00e9vang\u00e9listes, distributeurs de trait\u00e9s, ou moniteurs dans une \u00e9cole de dimanche. R\u00e9pandez largement la Parole de Dieu au pr\u00e8s comme au loin. Envoyez des missionnaires chez les pa\u00efens, envoyez-en aussi dans les faubourgs et les ruelles de nos cit\u00e9s. Allez au milieu des haillons et de la mis\u00e8re de nos grandes villes et cherchez \u00e0 relever quelque pauvre \u00e2me, pr\u00e9cieux joyau du Seigneur, cach\u00e9e peut-\u00eatre dans la fange de la corruption et du vice. C&rsquo;est ainsi que par votre moyen, Christ triomphera, tandis que Satan sera confus. Et comment ce glorieux, ce magnifique r\u00e9sultat serait-il d\u00e9finitivement obtenu, si ce n&rsquo;est par les efforts combines de toute l\u2019\u00c9glise du Seigneur J\u00e9sus? Aujourd&rsquo;hui, gr\u00e2ces \u00e0 Dieu, nous ne manquons pas d&rsquo;hommes en \u00e9tat de combattre pour le nom de Christ&#8230; si seulement ils voulaient combattre ! Nos \u00c9glises augmentent dans une proportion consid\u00e9rable. Il y a en ce moment un nombre immense de chr\u00e9tiens r\u00e9pandus sur tout le globe; mais pour ma part, je crois en v\u00e9rit\u00e9 que les cent vingt disciples, r\u00e9unis dans la chambre haute de J\u00e9rusalem le jour de la premi\u00e8re Pentec\u00f4te, valaient plus, \u00e0 eux seuls, que la totalit\u00e9 des chr\u00e9tiens de nos jours ! Oui, je dis ceci tr\u00e8s s\u00e9rieusement, je crois que dans ces cent vingt personnes, il y avait plus de sang divin et d&rsquo;ardeur chr\u00e9tienne, qu&rsquo;il n&rsquo;y en a chez cent vingt millions de pauvres cr\u00e9atures l\u00e2ches et d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, telles que nous. Ah ! qui nous rendra les jours b\u00e9nis de la primitive \u00c9glise ! Alors chaque chr\u00e9tien \u00e9tait un missionnaire. Les femmes ne pr\u00eachaient pas, il est vrai, mais elles faisaient mieux : elles vivaient l\u2019\u00c9vangile. Les hommes, eux, l&rsquo;annon\u00e7aient en temps et hors de temps. Ils ne se d\u00e9chargeaient pas comme vous, de ce soin, sur leur conducteur spirituel, et ne se bornaient pas \u00e0 servir Dieu par procuration. Ils n&rsquo;\u00e9tablissaient pas des diacres, afin de leur laisser faire toute l\u2019\u0153uvre de Dieu pendant qu&rsquo;eux-m\u00eames se croisaient les bras. Ils ne choisissaient point dans leur nombre (comme cela se pratique aujourd&rsquo;hui) un ou deux combattants qu&rsquo;ils pla\u00e7aient au plus fort de la m\u00eal\u00e9e, laissant les autres se reposer pendant la lutte, et puis se partager les d\u00e9pouilles. Oh! non; tous les soldats de Christ marchaient au combat; chacun faisait son devoir, et grande \u00e9tait la victoire. \u00c0 l\u2019\u0153uvre donc, chr\u00e9tiens, mes fr\u00e8res bien-aim\u00e9s ! \u00c0 l\u2019\u0153uvre en tout temps! \u00c0 l\u2019\u0153uvre jusqu&rsquo;au dernier! \u00d4 Esprit du Dieu vivant! Viens embraser les c\u0153urs, en sorte que tous les soldats de la croix, pleins d&rsquo;un saint z\u00e8le pour ton service, s&rsquo;\u00e9lancent \u00e0 la victoire ! Quand les enfants de Sion sentiront la responsabilit\u00e9 qui p\u00e8se sur chacun d&rsquo;eux, alors viendra pour elle le jour du triomphe. Alors les murs de J\u00e9richo s&rsquo;\u00e9crouleront et \u00e0 tout soldat du Dieu vivant sera donn\u00e9e la couronne des vainqueurs. \u00d4 vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal, d\u00e8s maintenant et \u00e0 jamais !<\/p>\n<p><strong>FIN<\/strong><\/p>\n<p>Traduit de l\u2019anglais pour la \u00ab&nbsp;Soci\u00e9t\u00e9 des Livres Religieux&nbsp;\u00bb, Toulouse, 1864, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par Danny Therrien et Hugo Lacasse<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous qui aimez l&rsquo;\u00c9ternel, ha\u00efssez le mal (Psaume 97.10). La religion chr\u00e9tienne est une cha\u00eene d&rsquo;or qui enlace le coeur de l&rsquo;homme et le rend inaccessible \u00e0 la haine. L&rsquo;esprit de Christ est un esprit d&rsquo;amour. Partout o\u00f9 Christ r\u00e8gne, l\u00e0 r\u00e8gne aussi l&rsquo;amour. 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